Egypte-Ethiopie : la vraie guerre de l’eau a commencé
Un an après l’inauguration, par l’Ethiopie, du grand Barrage de la Renaissance, la tension monte de plusieurs crans avec l’Egypte et le Soudan. En cause : le partage des eaux du Nil.

Quatorze ans de travaux contestés par les voisins du nord et une inauguration en grande pompe il y a un an. Le grand Barrage éthiopien de la Renaissance, construit en amont du Nil, fait grimper les tensions dans la région.
Une région qui est en ébullition. En Ethiopie, le conflit armé se poursuit entre Addis-Abeba et les rebelles du Front populaire de libération du Tigré (FPLT). Au Soudan et en Libye, les guerres opposent aussi des puissances régionales qui se livrent à une lutte d’influence : l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis qui cherchent à asseoir leur influence, l’Egypte qui aspire à assurer sa sécurité hydrique, mais aussi la Russie et la Turquie qui ambitionnent d’installer des bases militaires en Afrique.
« Ne pas nuire aux pays frères »
Ces conflits à « mille feuilles » ont été au cœur du 8e sommet de coordination de l’Union africaine, tenu du 2 au 4 octobre 2026 à al-Alamein, en Egypte. Au même moment, l’escalade reprenait entre l’Éthiopie, l’Égypte, le Soudan et l’Érythrée.
Dans son discours d’ouverture du sommet, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a rappelé que la coopération en matière de gestion des fleuves transfrontaliers doit se fonder sur les règles du droit international : « Chaque pays a le droit au développement en fonction de ses ressources naturelles, mais cela doit se faire de manière à ne pas nuire aux pays frères, et les relations entre les pays doivent être fondées sur le respect mutuel et le bon voisinage. »
Mais l’Éthiopie refuse de signer un accord contraignant avec l’Égypte sur les règles de remplissage et d’exploitation du barrage et… annonce la construction d’un deuxième barrage sur le Nil Bleu, sans concertations avec le Caire et Khartoum.
Les accusations d’Addis-Abeba
En parallèle, Addis-Abeba accuse l’Egypte, le Soudan, mais aussi l’Erythrée de soutenir les rebelles du FPLT – ce que dément le Caire. Elle a rompu ses relations diplomatiques avec l’Erythrée, et menace de s’emparer du sud du pays pour accéder à la mer Rouge. L’Egypte vient, de son côté, d’expulser un diplomate éthiopien.
Dans ce contexte, Le Caire cherche à renforcer ses relations avec ses alliés. A Al-Alamein, le président Sissi s’est entretenu avec le chef du Conseil de souveraineté soudanais Abdel Fattah al-Burhan, lui réitérant son soutien. Il a également rencontré le président érythréen Isaias Afwerki, l’assurant de son attachement à la stabilité de l’Érythrée et l’intégrité de son pays. Il en a fait de même avec le président somalien, Hassan Cheikh Mohamed.
Alors que les rebelles Houthis au Yémen, alliés de l’Iran, menacent le détroit de Bab el-Mandeb, l’Egypte s’inquiète pour la sécurité en mer Rouge, qu’elle considère comme une zone stratégique. Elle renforce la coordination avec les pays riverains comme le Soudan, l’Erythrée et la Somalie, et espère qu’une alliance avec ces trois pays puisse empêcher l’Ethiopie d’y accéder. La guerre de l’eau a beaucoup de facettes.