Festival du cinéma queer à Genève : un réalisateur israélien évincé
La Coordination étudiante genevoise pour la Palestine se félicite d’une nouvelle victoire : "Tell Me Everything", du réalisateur israélien Moshe Rosenthal, est mis au ban du festival Queer de Genève. Un tournant dans la campagne BDS…

« Pas de propagande sioniste dans nos festivals ! » C’est avec cette phrase que la Coordination étudiante pour la Palestine a obtenu le boycott de « Tell Me Everything » et de son réalisateur, l’Israélien Moshe Rosenthal, pourtant au programme du festival queer de Genève, Everybody’s Perfect. Aussitôt dit, aussitôt fait : les deux séances de projection prévues ont disparu du site du festival qui se tenait du 9 au 18 octobre.
Le nouveau refrain : « pink washing »
« Tell Me Everything » avait tout pour plaire. Sélectionné pour représenter Israël à la 99e cérémonie des Oscars dans la catégorie du meilleur film international, il raconte le rapport d’un fils avec l’homosexualité de son père. Il n’aborde ni la guerre ni la politique, mais le voilà accusé… de « pink washing », le pendant gay du « green washing ».
Cela suffisait-il à l’éliminer ? La direction artistique du festival réfute avoir été « convaincue » par les arguments des boycotteurs. Elle reconnaît en revanche avoir agi pour « éviter toute polémique ». Dans le même temps, la directrice artistique du festival, Sylvie Cachin, admet avoir écarté, ces dernières années, des dizaines de films israéliens qu’elle jugeait coupables de « pink washing ». Sollicitée, la direction du festival ne nous a pas donné plus d’explications, sinon une déclaration de Sylvie Cachin appelant à « de l’amour, pas de la haine ».
Dans les coulisses du festival
Plusieurs semaines auparavant, le festival queer avait pourtant demandé au Geneva International Jewish Film Festival (GIJFF) de renoncer à l’exclusivité genevoise de « Tell Me Everything », programmé le 24 novembre, afin de pouvoir le projeter lui aussi. Autorisation accordée. Pour rien.
Selon nos confrères du Courrier, bien qu’en désaccord sur le fond, le festival aurait cédé aux boycotteurs, considérant que le coût d’une polémique est plus lourd que celui d’une censure.
L’équipe du film a, elle, tenté de se battre, affirmant aux organisateurs que le réalisateur du film ne soutenait pas la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahou. C’était en vain : parce qu’israélien, le réalisateur de « Tell Me Everything » n’est pas assez perfect.
Un précédent pour BDS ?
Cette annulation marque un tournant dans la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), dont la section de Genève est signataire de l’appel au boycott. Laquelle campagne ne se limite plus au seul boycott : elle consiste désormais à isoler toute institution qui travaillerait de près ou de loin avec des Israéliens.
Quant à Moshe Rosenthal, il n’a plus envie de commenter cette exclusion, préférant se concentrer sur sa prochaine échéance : remporter un Oscar.