Nouveau Moyen-Orient

L’Arabie saoudite redessine la carte de ses alliances

Depuis que les Etats-Unis ont levé leur bouclier protecteur, le royaume saoudien se sait plus vulnérable que jamais. Sur qui peut-il encore compter ? De nouvelles alliances se dessinent.

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Mohammed bin Salman bin Abdelasis al-Saud (MBS), fin juin 2019 (Bernd von Jutrczenka/dpa (Photo by Bernd von Jutrczenka/picture alliance via Getty Images)
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Face aux Houtis, et malgré ses investissements colossaux en armements, l’Arabie saoudite se sait, depuis des années, très vulnérable. Jusque-là, elle le taisait. Ses 133 morts, ses centaines de blessés, son matériel lourd annihilé, fin 2009, lors des premières incursions des milices d’Abdelmalek al-Houthi dans les provinces de Jizan et Najran, avaient été passés sous silence, ou presque.

L’engagement de son armée à la tête de la coalition de soutien à la légalité yéménite, entre 2015 et 2022, n’a fait que confirmer son inefficacité à réduire ce danger. Narquois, les médias proches des Houtis la qualifient de « géant en carton ».

Où sont passés les alliés ?

Ces dernières semaines ne leur ont pas donné tort. Elles ont été, pour l’Arabie saoudite, l’occasion de remettre, via ses médias (peu libres de leurs opinions), les points sur les i. La crise actuelle, martèle Abdallah Fayçal dans une tribune du quotidien Okaz, « nous permet de faire le tri entre les vrais amis et les opportunistes. Entre ceux qui profitent de l’abondance et de la générosité de l’Arabie en temps de paix, et qui disparaissent en tant de crise ». Car, insiste-t-il, le royaume « a le droit de s’interroger sur ses vrais alliés ».

L’heure est au courage

Dans le quotidien Al Watan, Safouq al-Shemmari s’adresse « uniquement aux Saoudiens » pour leur parler de « la grandeur de leur pays ». Il admet que l’heure est grave : « Toute guerre engendre des pertes et des coûts, mais nous devons comprendre que le prix à payer pour affronter le danger aujourd’hui est peut-être bien moindre que celui de le laisser s’envenimer demain. Ignorer le mal ne l’élimine pas. Au contraire, cela lui donne le temps et l’occasion d’étendre son influence et de renforcer ses capacités, jusqu’à devenir une menace encore plus grande pour la sécurité, la stabilité, le développement et le bien-être de la nation et de son peuple. » Et il n’est pas question de se taire : « Eliminer la menace de manière définitive n’est pas optionnel mais une nécessité stratégique. »

Où l’on reparle du « Bouclier de la Péninsule »

Le changement de ton saoudien, et surtout le refus américain d’intervenir au Yémen ou d’actionner la défense anti-missile pour protéger les installations pétrolières saoudiennes, sont entendus non seulement par l’Arabie saoudite, mais aussi par ses voisins.

Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Emirats, a ainsi ouvertement affirmé qu’il était temps de « relancer une action commune, notamment en matière de sécurité et de défense », ajoutant que les attaques contre l’Arabie saoudite compromettent la sécurité des Emirats arabes unis et de tous les Etats du Golfe ». Cette « action commune » pourrait bien être le « Bouclier de la Péninsule », une armée créée par le Conseil de coopération du Golfe en 1984 mais restée jusqu’à présent virtuelle.

Sur qui l’Arabie peut-elle encore compter ?

L’accord de défense de la Mecque, signé en août 2026 entre l’Arabie, la Turquie et le Pakistan, ne semble pas opérationnel. Selon les médias proches des Houthis, « ni Ankara ni Islamabad ne sont prêts à s’engager auprès de l’Arabie au Yémen, au détriment de leurs relations avec Téhéran ».

Dans ce contexte, outre ses voisins du Golfe, l’Arabie pourrait faire appel à l’Egypte. Selon les médias égyptiens, le président Abdelfattah al-Sissi a annoncé, le 17 octobre, la convocation d’une session extraordinaire du Parlement afin d’obtenir son aval pour toute intervention militaire extérieure.

Le Raïs a rappelé « la générosité saoudienne à l’endroit de l’Egypte », affirmant que Riyad n’a jamais lésiné sur les moyens investis dans l’économie égyptienne depuis son accession au pouvoir en 2014. « Une façon de forcer le vote des parlementaires », souligne le quotidien londonien al-Quds al-Arabi.

Et Israël ?

Il y a également l’option d’un rapprochement avec Israël. Elle est largement évoquée sur les réseaux sociaux. En version complotiste, Washington est accusé d’abandonner son allié saoudien pour le pousser dans les bras d’Israël. Les réalistes, eux, estiment qu’il est temps de rejoindre les accords d’Abraham, de conclure la paix, de rechercher la prospérité, et de bénéficier du parapluie israélien.

La question reste de savoir quand le prince héritier franchira le pas.

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