Antisémitisme

Mon île grecque à l’heure de « Free Palestine »

RECIT - La fièvre palestiniste aurait pu gâcher son été. Sylvain Attal a trouvé une astuce : il suffit parfois de seulement déplacer le regard.

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Sur l’île de Mykonos, en Grèce (JARRY/TRIPELON/Gamma-Rapho via Getty Images).

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » Quelques jours seulement après avoir débarqué sur ma petite île des Cyclades, à un jet de pierre de Mykonos et de ses folies, je pensais avoir enfin trouvé un lieu exempt de la déferlante palestiniste dont j’avais vu la pollution se propager. À Avignon, à Bayonne, à Pampelune, partout où il y avait la fête, l’été s’enlaidissait de drapeaux, de keffiehs, de slogans appelant à la destruction d’Israël.

Je commençais à noyer mes yeux dans cette nature en majesté, modelée par l’homme, qui évoque autant « l’Invitation au voyage » de Baudelaire que la Provence de Cézanne : des oliviers, des vignes à perte de vue, sublimés par cette « chaude lumière ».

Mais je m’étais encore tenu à l’écart des touristes. Il ne fallut qu’une sortie nocturne dans le « Saint-Tropez » local pour que m’arrête le premier « Free Palestine », grossièrement (et sans doute à la hâte) peint sur le pavé d’une ruelle sombre. Deux pas plus loin, cette pizzeria affichait son menu, encadré à la craie du même message (avertissement ?). Saugrenu. Un geste de la main me suffit à l’effacer.

Ici, tout le monde aime-t-il vraiment Israël ?

Ce soir, c’est « beach party ». Je m’inquiète pour un jeune Israélien. Il s’en amuse : « Ici tout le monde aime Israël », me rassure-t-il.

« Lorsque l’on a une affaire, et qu’on est Israélien, c’est plus compliqué depuis le 7-0ctobre. » Ilan

Ilan est Israélien, lui aussi. Il tient « The Cliff », une plage privée un peu à l’écart de l’agitation, qui sert une délicieuse cuisine levantine. Détendu et souriant, il va de table en table, la dernière de ses trois filles dans les bras, saluer ses clients. Fier de ses origines, il ne cède aucun pouce. Il a accueilli 30 gamins du kibboutz Kissoufim, une des premières cibles des massacreurs du Hamas, puis des soldats de Tsahal en choc post-traumatique après leur service à Gaza. Il porte ce médaillon, dont il dit qu’il symbolise les victimes de cette barbarie. Néanmoins, « lorsque l’on a une affaire, et qu’on est israélien, c’est plus compliqué depuis le 7-0ctobre », me confie-t-il. Son visage s’assombrit. Il me révèle que son établissement a plusieurs fois été recouvert de slogans hostiles qu’il s’empresse d’effacer. Il pense que la jalousie n’y est pas pour rien aussi.

Puis il se tourne alors vers la mer revêtue « d’hyacinthe et d’or » par le poète. Il sourit à nouveau : « Les Juifs français vont bientôt arriver. Je serai à nouveau le roi. »

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