L’Arabie saoudite tend la main à l’Iran
Alors que la rencontre de lundi à Téhéran entre l’Alliance de la Mecque et l’Iran continue de susciter les interrogations les plus légitimes, Riyad tente de tirer ses marrons du feu. Mais qui dit vrai ?
La rencontre, lundi à Téhéran, entre la délégation de l’Alliance de la Mecque – composée du ministre saoudien de la Défense, du chef d’état-major de l’armée pakistanaise et du chef du renseignement turc – et le président iranien et les responsables des Gardiens de la Révolution, est diversement interprétée.
Abdo Khal, du quotidien saoudien Okaz, considère ainsi que « depuis ses débuts, la politique étrangère saoudienne a fait preuve d’une approche saine dans ses relations avec les pays du monde. Riyad développe une politique sage et rationnelle, loin des émotions, et ne se laisse pas influencer par des sentiments contraires au bon sens (…). La visite à Téhéran confirme la sagesse des décisions saoudiennes, car la rationalité met de côté les divergences et les émotions et vise l’objectif à long terme qui garantit la sécurité de la région ».
Il se dit convaincu que « cette initiative proactive de l’Alliance est une véritable bouée de sauvetage pour les belligérants, les incitant à la réflexion avant de s’engager dans une guerre aux conséquences désastreuses pour le monde ». Abdo Khal croit que « cette mesure politique est la bouée de sauvetage que l’alliance a offerte à l’Iran pour lui permettre de modifier son comportement dans l’intérêt de son peuple et de sa survie, ainsi que son comportement envers ses voisins ».
A l’inverse, dans une interview accordée au média alternatif libanais LebanonOn, l’analyste syrien Omar Rahmoun affirme qu’il s’agissait d’« une tentative de dernière chance d’aider l’Arabie saoudite à éviter sa destruction ». Rahmoun explique que « les Turcs et les Pakistanais tentent de convaincre les Saoudiens de prendre leur distance avec les Etats-Unis et de les rapprocher de l’Iran, pour les épargner des ripostes foudroyantes iraniennes à tout bombardement américain. C’est ainsi que les alliés de Riyad l’ont amené à se rendre à Téhéran ».
Mardi, le quotidien libanais Al-Akhbar, porte-parole du Hezbollah, avait affirmé que « l’Arabie saoudite [était] aux abois face à la puissance de feu des Houthis. L’inefficacité militaire de l’Alliance de la Mecque et le refus des Turcs et des Pakistanais de s’enliser au Yémen a obligé Riyad de demander la désescalade à Téhéran ». Sur le même sujet, Al-Akhbar a largement relayé les propos du ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Bin Hamad Al-Bousaïdi, qui a invité les pays du Golfe à « prendre en charge leur propre sécurité et leur défense », proposant un « nouvel ordre régional, sécuritaire et de défense, incluant l’Iran, pour garantir la sécurité pour tous ». Pour le quotidien, « ces propos attestent de la défaite de l’Arabie » – alors que « l’Iran compte 93 millions d’habitants et représente la moitié de la superficie du Golfe ».
Le quotidien libanais Nidaa Al-Watan souligne de son côté que « l’Alliance de la Mecque s’est, d’une alliance militaire, transformée en une alliance purement politique ». Car, explique-t-il, « la Turquie tient à ses relations commerciales avec l’Iran et refuse de s’engager militairement dans un conflit avec ses alliés, d’une part, et le Pakistan qui mène la médiation entre l’Iran et les Etats-Unis et dont la composition démographique (les chiites constituent entre 10 et 15% de la population pakistanaise) s’empêche également de s’engager contre l’Iran, d’autre part. Partant de ces éléments, l’Alliance de la Mecque constitue un parapluie politique et ne saurait se traduire par une alliance militaire sur le terrain ».