Une colère partagée qui gagne l’Europe

Pour les médias arabes, les émeutes ne sont pas une intifada. Elles sont portées par la dégradation de la situation économique et le manque de perspectives offertes aux jeunes.

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Les médias arabes ont couvert les émeutes qui ont secoué la France, mais aussi la Belgique, l’Italie et l’Espagne.

Pour le quotidien saoudien Al Watan, « la France entre dans une nouvelle phase de crises politique et sécuritaire inextricablement liées, les manifestations violentes étant devenues un outil de pression politique dans une campagne électorale extrêmement polarisée. « Sur le plan électoral, les partis d’opposition, toutes tendances confondues, exploitent ces troubles pour porter des coups durs au parti au pouvoir, arguant que la situation actuelle témoigne d’un manque de vision politique et sociale et d’un relâchement du contrôle sécuritaire. »

Aux Emirats, le quotidien al-Khaleej s’intéresse aux conséquences économiques des émeutes : « Les manifestations accentuent les pressions sur le CAC 40 et l’euro, qui chutent au moment où la question de la dette publique et de ses intérêts inquiète, et où le gouvernement peine à adopter le budget de 2027. Tous les regards se tournent vers Moody’s, qui doit revoir sa note vendredi prochain. »

Au Liban, le quotidien al-Akhbar, porte-parole du Hezbollah, cite le premier ministre Sébastien Lecornu selon lequel, dixit al-Akhbar, « il existe un réseau occulte qui pourrait chercher à modifier le calendrier des élections présidentielles, voire leur déroulement ».

Nidaa Al Watan, autre quotidien libanais, note avec ironie que « la France brûle, et Macron entame une tournée dans le Golfe, qui doit le mener aux Emirats, au Koweït, à Bahreïn et au Qatar », pour garantir les approvisionnements énergétiques. Selon le quotidien, la hausse du prix de l’essence à la pompe est l’un des principaux catalyseurs de la violence des manifestations.

Quant au quotidien qatari Raya, c’est dans la rubrique Sport qu’il s’intéresse à la France, avec un angle précis : les boutiques des clubs de football de Marseille et de Lille qui ont été vandalisées.

Les médias algériens se déchaînent

Les médias algériens assurent, eux, une vaste couverture à cette actualité.

Le quotidien El Khabar titre : « L’automne de la colère en Europe : cinq pays sont au bord du gouffre et la rue menace les calculs des élites politiques ». Le journal souligne que « la vague de protestations qui déferle sur plusieurs pays européens n’est plus une simple réaction à la hausse des prix ou à une crise de l’éducation. Elle a donné naissance à un paysage politique complexe où les revendications pour de meilleures conditions de vie, de logement et d’éducation se mêlent à une crise de confiance croissante envers les institutions, les partis politiques et les gouvernements. De la France à l’Albanie, en passant par le Portugal, la Belgique et l’Italie, les citoyens descendent dans la rue pour des raisons similaires ».

Il constate que la France, l’Albanie, le Portugal, la Belgique et l’Italie ont connu les mêmes scénarios de violences et de vandalismes. « Cette synchronisation n’implique pas nécessairement un leadership unifié ni un programme commun, mais elle témoigne d’un sentiment de colère partagé : prix élevés, dégradation des services publics, jeunes qui ont le sentiment que leurs perspectives s’amenuisent et gouvernements incapables d’apporter des solutions convaincantes. Dès lors, la contestation se transforme d’une revendication sectorielle en une question politique plus large concernant les priorités de l’Etat et la répartition équitable des ressources ».

Le quotidien algérien Echorouk décrit, vidéos à l’appui, l’insurrection dans les grandes villes françaises. Il explique que « les lycéens ont été rejoints dans leur mouvement par d’autres secteurs dont les revendications sont notamment d’ordre économique. Le traitement sécuritaire des manifestations a envenimé la situation et provoqué cette explosion de violence ». Concluant : « Ces événements accentuent la pression économique et sociale et alimentent la colère populaire. »

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