Algérie : l’arabisation des ordonnances médicales suscite la polémique
La politique d’arabisation forcée continue de diviser le pays entre ceux qui dissocient l’hostilité légendaire à la France et le bon sens, d’un côté, et les défenseurs de l’arabisation dirigée contre l’ancienne puissance coloniale.
Pour ou contre la politique d’arabisation forcée ? Le débat surgit une nouvelle fois avec, souligne la télévision Al-Arabiya sur son site internet, « la proposition de rédiger les ordonnances médicales en arabe, une décision qui a suscité un large débat entre ses partisans, qui y voient une mesure visant à renforcer le statut de la langue officielle et à consolider l’identité nationale, et ses détracteurs, qui s’inquiètent de l’exactitude et de la clarté de la terminologie médicale pour les médecins et les pharmaciens, compte tenu de la prédominance du français dans le domaine médical ». La question de l’arabisation dans le secteur de la santé est ainsi remis en scène, ainsi que les interrogations sur la manière de concilier les considérations linguistiques avec les exigences de la pratique médicale, et d’assurer la clarté et l’exactitude des prescriptions médicales tout en préservant le droit du patient à comprendre son traitement.
Interrogé par la chaîne de télévision, le docteur Mohammed Kouach, spécialiste de santé publique, estime que « le débat autour de l’arabisation des prescriptions médicales n’aborde pas le cœur du problème, car celui-ci est fondamentalement lié à la formation des médecins. Les médecins des générations précédentes étaient formés en français et, par conséquent, les ordonnances étaient rédigées dans cette langue, tandis que de nombreux jeunes diplômés sont formés en anglais. La majorité des médicaments importés proviennent d’Europe et portent des noms français. L’utilisation de l’arabe dans les ordonnances médicales ne changera pas la nature des noms scientifiques ou commerciaux des médicaments et pourrait entraîner des erreurs ou de la confusion lors de la délivrance des médicaments en pharmacie ».
A l’inverse, « le débat sur la rédaction des ordonnances médicales en arabe dépasse les aspects formels et aborde des questions liées à la souveraineté nationale et à l’indépendance cognitive. L’arabisation de la terminologie médicale et son usage avec la langue dans laquelle elle est enseignée libèreraient le patient algérien de toute dépendance linguistique et constitueraient une étape d’un projet plus vaste visant à renforcer la souveraineté culturelle et historique, conduisant à l’arabisation de l’enseignement de la médecine et des sciences exactes dans les universités algériennes », estime Ammar Qawasmiya, traducteur et éditeur linguistique.
Qui conclut : « Le développement des laboratoires et de l’industrie pharmaceutique dans la langue nationale contribue à restaurer l’héritage scientifique associé aux grands noms de l’histoire de la médecine. La construction d’un avenir solide en matière de connaissances passe par le fait que le médecin et le chercheur reçoivent leurs sciences dans leur langue, et par l’unification du langage de la prescription médicale avec le langage de la société. »