La menace existentielle oblige Arabie et Emirats à mettre leurs divergences en sourdine
Le rapprochement entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis peut-il survivre au conflit en cours au Yémen, après des années de confrontation par procuration sur plusieurs terrains ?
Ziad Itani, dans le quotidien libanais proche des souverainistes Al-Liwaa, revient sur le rapprochement entre les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite, « exigé par l’évolution de la situation au Yémen ». Un rapprochement qui n’est ni un simple geste diplomatique, ni une tentative protocolaire d’apaiser les tensions entre les deux pays. « Les Emirats arabes unis ont-ils décidé de se repositionner dans le conflit en cours pour se tenir aux côtés de l’Arabie saoudite après la phase de retrait, ou assistons-nous à des arrangements de sécurité dictés par l’évolution de la situation ? », s’interroge-t-il ainsi dans sa tribune.
« Ces questions prennent tout leur sens en raison de l’accumulation des problèmes et des divergences autour des priorités régionales. Leur rapprochement serait donc de circonstance car la reprise du dialogue ne fait pas disparaître les causes profondes des tensions. Simplement, il témoigne d’une prise de conscience mutuelle : le coût du maintien de la division est désormais supérieur à celui d’une gestion avisée du différend. »
Itani souligne que « le dossier yéménite est l’une des principales clés pour comprendre la nature de la transformation en cours », rappelant le retournement des Emiriens en faveur des indépendantistes du sud, puis leur retrait de la coalition arabe. Mais la menace des Houthis, l’intensification de la pression militaire et la reprise des attaques contre des infrastructures et des aéroports vitaux en Arabie ont contraint Riyad et Abou Dhabi à réévaluer leurs stratégies. L’éloignement des deux camps les affaiblit et offre à leurs adversaires l’opportunité d’exploiter ces divisions.
Reste l’avenir du Yémen du Sud, l’un des points les plus sensibles qui pourraient faire capoter le rapprochement. Car la lutte conjointe face à la menace des Houthis n’efface pas les divergences fondamentales quant à l’avenir du Yémen, de son unité et des ambitions séparatistes du Sud. « C’est là que réside le dilemme stratégique : cette nouvelle coordination mènera-t-elle à la formation d’un front militaire unifié, ou reproduira-t-elle un réseau de forces locales qui s’accordent sur la nécessité d’affronter les Houthis mais divergent sur la forme de l’État ? », pointe Itani.
« Le succès du repositionnement et de la coordination des Emirats arabes unis avec l’Arabie saoudite ne se mesure pas uniquement à l’aune du montant des financements ou du soutien aérien, mais plutôt à la capacité de Riyad et d’Abou Dhabi à gérer la multiplicité des centres de pouvoir, afin de garantir que le Sud ne devienne pas un nouveau champ de bataille entre les deux alliés, d’autant plus que Riyad cherche à consolider son autorité étatique et à protéger ses frontières, tandis qu’Abou Dhabi se concentre sur la sécurité de la navigation dans le golfe d’Aden et le détroit de Bab el-Mandeb », conclut-il.