Paris en position de faiblesse devant Alger ?
La France est passée de l’offensive à la défensive, selon les islamo-nationalistes, nécessité économique faisant loi.
Analysant la manière dont Emmanuel Macron a géré la crise avec l’Algérie, le journal islamo-nationaliste algérien Echorouk, sous la plume de Mohammed Muslim, insiste sur « l’échec de la politique d’escalade qui n’a rien donné ». Il s’interroge : « Comment et pourquoi la position française dans la crise algérienne est-elle passée de l’offensive à la défensive ? Paris a-t-il enfin compris que l’escalade publique ne lui apporte pas les gains escomptés et qu’elle risque d’offrir à l’Algérie une plus grande marge de manœuvre diplomatique ? » L’auteur rappelle, non sans ironie, que « ceux qui conseillent aujourd’hui d’adopter cette nouvelle approche étaient des faucons au début de la crise, notamment l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, qui a théorisé une politique de confrontation et d’escalade avec l’Algérie dans ses livres et ses interviews, lesquelles sont devenues une feuille de route pour l’extrême droite en France ». Et Mohammed Muslim de souligner que « le même Driencourt suggère dans son dernier livre ‘‘Diplomatie sans diplomates’’ une ‘‘diplomatie du silence et de réduction du bruit’’, qui demeure l’outil le plus puissant de l’influence française ».
« Ce changement signifie que certaines élites françaises influentes ont conclu que le tumulte suscité par certains milieux français a conduit à un chevauchement des questions politiques, judiciaires, d’immigration et de mémoire, ce qui a rendu le différend plus complexe et plus difficile à résoudre. En réalité, la volonté de ces élites d’éviter les polémiques dans la gestion de la crise algérienne est en vigueur depuis le départ de l’ancien ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau, et son remplacement par l’actuel ministre, Laurent Nuñez ». L’auteur cite l’ancien député français Saad Laanani pour expliquer en partie ce changement de posture française : « Certaines élites ont commencé à réfléchir plus rationnellement face à la résistance algérienne inattendue. Ceux qui prônent cette approche ne sont qu’une façade pour les instances qui supervisent l’élaboration de la stratégie et des orientations de l’État français. La France d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Elle traverse de graves difficultés économiques, sociales et identitaires, et ce sont ces difficultés qui ont poussé les élites à une réflexion plus rationnelle. La France a perdu son influence face à la puissance économique des autres partenaires de l’Algérie, comme la Turquie et la Chine… ».
L’auteur cite également Abdullah Zekri, directeur de l’Observatoire contre l’islamophobie : « L’escalade visant à faire pression sur l’Algérie affaiblit la capacité de la France à protéger ses intérêts économiques et diplomatiques dans ce pays. Plus l’impasse se prolonge, plus il devient difficile de dissocier le différend politique de la coopération concrète. Il existe des divergences d’opinions au sein du corps diplomatique français quant à la conduite à tenir face à l’Algérie. Un courant prône la confrontation et la pression publique, tandis qu’un autre considère que des escalades répétées aggravent la crise et réduisent la marge de manœuvre de la France. Ce dernier courant gagne du terrain au détriment de celui qui appelle à l’escalade ».