Les nervis juifs de Cisjordanie contre Israël
Les attaques terroristes menées par des colons juifs se multiplient. Le gouvernement ne réagit qu’à moitié, les élections approchent, armée et police restent presque toujours les bras ballants.

La liste des exactions commises par des terroristes juifs en Cisjordanie, et restées pratiquement impunies par les autorités israéliennes, est déjà trop longue.
Le 16 octobre, Heidi Levine, journaliste photographe américaine travaillant pour le Washington Post, était jetée à terre et rouée de coups près du village de Turmus Aya, en Cisjordanie. Elle effectuait un reportage sur la cueillette des olives lorsque, selon les témoins, un commando de juifs extrémistes a déboulé. Environ 80 personnes, des Israéliens « habitants d’implantations », appelés aussi des colons, le visage recouvert d’une cagoule, armés de bâtons, de frondes et de bombes au gaz lacrymogène. Elle a été évacuée à l’hôpital de Ramallah par des confrères palestiniens, et y a été opérée suite à ses blessures.
Le lendemain, c’était au tour de diplomates européens d’être la cible d’une descente en mode razzia, à Taybeh, un village chrétien non loin de Ramallah. Un élu français, Bernard Baudoux, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries dans le nord de la France, a été blessé. Une cérémonie se déroulait à l’occasion de la cueillette annuelle des olives. Les assaillants, cagoulés, s’en sont également pris aux troupeaux des paysans.
La violence comme seul message
Comme d’habitude, aucune revendication, aucun communiqué. La violence comme seul message. En s’en prenant à la presse et la diplomatie occidentale, les irrédentistes juifs en Cisjordanie désignent comme ennemis tous ceux qui manifestent une solidarité avec les agriculteurs palestiniens qu’ils veulent chasser de leur terre. La France a officiellement protesté par la voix du ministre des Affaires étrangères.
Ces commandos d’extrémistes cagoulés – qui sont loin de représenter tous les colons – rappellent les cliques et groupes d’activistes xénophobes qui agissent dans d’autres pays. Les raids contre les villageois palestiniens s’apparentent aux expéditions punitives que l’on peut voir sous d’autres cieux ou vues en d’autres temps. La guerre des oliviers que mènent ces terroristes en Cisjordanie relève de la même démarche : instaurer un climat de terreur et utiliser les moyens les plus violents afin d’inciter les Palestiniens à abandonner leurs fermes. Parce que pour ces tenants d’un sionisme aux accents messianiques, la Bible est un cadastre qui définit les frontières du Grand Israël.
Face à ce phénomène quasi-quotidien, l’attitude pour le moins émolliente de l’armée et de la police laisse supposer une forme de mansuétude. Il est vrai que les carcans procéduraux verrouillent leur action. Chaque jour, des dizaines de messages sont transmis par des civils au sujet d’incidents, mais les militaires ne peuvent y répondre car ces alertes n’émanent pas d’une autorité. L’armée effectue des patrouilles et intervient de loin. De nombreuses vidéos tournées lors de ces affrontements la montrent souvent en retrait.
Une absence flagrante de volonté politique
L’incident de Taybeh a cependant été jugé suffisamment important pour que l’armée le condamne. Israel Ganz, un haut représentant des implantations israéliennes, a lui-même dénoncé les « Israéliens qui recourent à la violence(…). Ils font du tort aux personnes, aux implantations et à l’Etat ».
La police israélienne a annoncé mettre sur pied une équipe spéciale d’enquêteurs. Dix suspects ont été interpellés, signe que l’affaire est prise au sérieux. Pour autant, cette réaction rapide et énergique destinée à faire baisser la tension atteste, en réalité, de l’absence de volonté politique d’éradiquer cette mouvance extrémiste.
De son côté, le bureau du premier ministre Netanyahou préfère s’en tenir à la prudence, mettant en doute ce qui s’est vraiment passé. Selon lui, il manquerait des preuves probantes pour attribuer la responsabilité de l’attentat à des Israéliens. En pleine campagne électorale, le premier ministre sortant ne peut pas se permettre de s’aliéner un pan crucial de l’électorat juif dans cette zone.
L’ombre de Ben Gvir
Ces milices ultra nationalistes et supémacistes maintiennent en effet la pression sur l’exécutif à la veille d’un scrutin crucial en Israël. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et ancien membre de la mouvance de Meir Kahane qui prône l’expulsion des Arabes et des Palestiniens, ne lutte pas contre ces nervis cagoulés. Dans les années 1990, Ben Gvir était un activiste dans le collimateur du Shin Bet, et appelait publiquement à des actions violentes contre le premier ministre Yitzak Rabin, assassiné en novembre 1995 par un militant extrémiste juif.
Aujourd’hui, Ben Gvir est le ministre de tutelle des services qui enquêtaient sur lui et sur les réseaux extrémistes juifs… Peu lui chaut que les milices pro implantations ternissent encore un peu plus chaque jour la réputation et l’image d’Israël. L’important est de faire avancer ses objectifs politiques, de renforcer un pouvoir ultranationaliste et religieux, et de continuer à participer au gouvernement.
Les nervis de Cisjordanie ne veulent ni la paix, ni la démocratie.