L’agonie de l’Europe libérale
Après un week-end d’émeutes la semaine dernière en France, l’hebdomadaire britannique libéral de référence consacre un éditorial à la crise des partis centristes européens. Il rejette la thèse migratoire défendue par Donald Trump, Friedrich Merz et Péter Magyar. Il désigne l’impasse budgétaire comme premier problème. Il évoque une possible élection de Marine Le Pen en mai.
« Les dirigeants centristes ont dangereusement failli à leur mission et en paient désormais le prix », affirme l’hebdomadaire libéral britannique The Economist dans un éditorial de la section Leaders (rubrique phare des éditoriaux du magazine, elle rassemble les principaux articles d’opinion qui expriment la position officielle de la rédaction sur les grands enjeux internationaux).
L’éditorial relève qu’à l’approche des scrutins en Espagne, en France et en Pologne, « les électeurs s’apprêtent à sanctionner les partis modérés ». Et en Italie, « l’extrême droite déborde désormais Giorgia Meloni ».
Le texte vise ceux qui imputent les troubles à l’immigration : Donald Trump, Elon Musk, le chancelier Friedrich Merz et le Premier ministre hongrois Péter Magyar. « Leur analyse relève soit de la lâcheté politique, soit du calcul intéressé », tranche l’hebdomadaire. « Lorsqu’il s’agit des manifestations violentes, ce diagnostic est tout simplement erroné. »
« Même si certains jeunes manifestants en France portent des maillots de football algériens ou scandent des slogans pro-palestiniens, les troubles qui secouent aujourd’hui l’Europe ne sont pas une affaire de race ou de religion », poursuit l’article. Plus de 500.000 personnes ont défilé samedi dernier, « majoritairement blanches », mobilisées par « le coût de la vie et la mauvaise qualité des services publics », souligne-t-il. « Le groupe le plus important est peut-être celui des sympathisants » de Jean-Luc Mélenchon, « vieux tribun agitateur, ancien trotskiste, qui ressemble davantage à Bernie Sanders qu’à un émir d’Etat islamique ».
The Economist attribue une grande partie des violences à « des anarchistes poursuivant un programme politique révolutionnaire ». Il en donne « un exemple représentatif » : l’homme arrêté après l’incendie de l’Hôtel de ville de Limoges, « un Français blanc d’une trentaine d’années ».
Le premier problème des centristes reste, selon l’article, « l’impasse budgétaire ». L’écart de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne a atteint « des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise de l’euro ». Or, « les centristes semblent à court d’idées ». L’hebdomadaire rappelle avoir « autrefois salué Emmanuel Macron comme le nouveau porte-étendard audacieux d’un centrisme radical ».
Quant à Friedrich Merz, ses attaques contre les immigrés « reflètent son incapacité à trouver les mots et les idées nécessaires » face à l’AfD, juge l’éditorial. En France, « les émeutes, ainsi que le mythe selon lequel les immigrés en seraient responsables, pourraient propulser Marine Le Pen […] jusqu’à la présidence en mai ».
Et de conclure : « Si leurs pays sombrent dans les troubles, ils perdront le pouvoir. S’ils perdent le pouvoir, l’Union européenne sera paralysée, tandis que le reste du monde poursuivra sa course en avant. »