Le récit d’une ingérence qatarie dans les élections israéliennes se fissure
« Les accusations d’ingérence qatarie dans les élections israéliennes, apparues jeudi semblent moins révéler un complot étranger qu’une manœuvre politique du bloc de Netanyahou visant à délégitimer les partis arabes et à entraver les efforts de l’opposition pour former un nouveau gouvernement », écrit Haaretz.
Pour Amos Harel, analyste militaire et sécuritaire du quotidien de gauche Haaretz, « la nouvelle affaire qatarie », apparue jeudi matin, ressemble de plus en plus à un récit de « campagne d’influence étrangère » qui a pris des proportions démesurées. « Mais plutôt que de pointer vers Doha, les indices semblent mener à Jérusalem et à Tel-Aviv », où siègent le bureau du Premier ministre et le Shin Bet.
« L’objectif de cette manœuvre est transparent ; il est même ouvertement déclaré », souligne Harel. Le Likoud a exigé la suspension de l’élection d’un nouveau président de la Knesset. L’opposition, « y compris les partis arabes, semble disposer d’une solide majorité pour remplacer Amir Ohana (député du Likoud), comme première étape vers l’adoption de lois qui commenceront à défaire les conséquences judiciaires et juridiques du coup de force institutionnel du gouvernement sortant ».
Selon l’analyste, Netanyahou cherche à conserver la possibilité de former un gouvernement ou, plus probablement, de provoquer de nouvelles élections. Pour cela, « il faut jeter le doute sur les résultats des élections en diffusant des accusations infondées de fraude électorale massive dans les localités arabes ». Harel compare cette stratégie à celle de Donald Trump le 6 janvier 2021.
Le premier reportage, divulgué jeudi matin sur les chaînes 12 et 13, évoquait des « versements de dizaines de millions de shekels ». Harel observe que les informations ont été transmises aux correspondants politiques plutôt qu’aux journalistes judiciaires ou sécuritaires.
« Mais les premières fissures dans ce récit sont rapidement apparues », écrit-il. « Si Zini soupçonne une tentative d’ingérence étrangère aussi grave, pourquoi a-t-il fièrement affirmé mercredi que les élections avaient été régulières ? » Le ministère de la Justice connaissait certains soupçons dès le week-end précédent. Ceux-ci étaient décrits comme « préliminaires et limités ». A ce stade, ils portent sur « le transfert de centaines de milliers de shekels du Qatar vers des organisations liées à la Liste commune ». Selon Harel, Zini « a agi avec toute la délicatesse d’un taureau dans un magasin de porcelaine ».
Jeudi soir, la porte-parole du Shin Bet a précisé que l’enquête « ne vise pas à mettre en cause une communauté entière qui a voté légalement et démocratiquement. Seules les personnes ayant agi contrairement à la loi feront l’objet de mesures. »
Harel rappelle que « le Qatar a des antécédents d’ingérences douteuses dans l’arène politique israélienne », évoquant notamment l’ancien député Azmi Bishara, réfugié au Qatar en 2007 après avoir été soupçonné par le Shin Bet d’avoir aidé le Hezbollah.
Dean Livne, directeur général par intérim de la Commission électorale, a écrit : « Les élections se sont déroulées conformément à la loi. L’intégrité des élections dans les bureaux de vote a été pleinement préservée et, à notre connaissance, rien ne permet de fonder les accusations de manipulations systématiques. »