Documents historiques· Israël-Palestine

1916

L’accord Sykes-Picot

Fiche des archives de Proche-Orient Info

A la fin du XIX ème siècle, l'empire ottoman est en état de déliquescence et il a du renoncer à certains privilèges souverains au profit d'autres grandes puissances.

Ainsi s'est installé un régime de « capitulations » au profit de la Grande-Bretagne, de la France, de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse.

Les Ottomans ont été obligés de déférer à ces nations la protection de leurs ressortissants; de les laisser établir des missions religieuses, ouvrir des écoles, construire des chemins de fer; ils ont du concéder aussi des avantages économiques. De fait, quand éclate la Première Guerre mondiale, cet empire est moribond.

Les gouvernements français et britannique n'attendent même pas sa fin. Ils se partagent son énorme héritage dès le début du conflit dévastateur, sachant que les jeux sont faits. Ils rappellent à plusieurs reprises tout l'intérêt qu'ils portent l'un et l'autre au Moyen-Orient.

La France demande que lui soit reconnue une suprématie sur la Syrie et sur la Palestine. Elle réclame l'appui de la Russie pour parvenir à ses fins, et lui propose en contre-partie de soutenir ses revendications dans la région de Constantinople. Mais Russes et Britanniques s'opposent aux exigences françaises, et les dirigeants de la révolte arabe organisée par Lawrence d'Arabie se sont joints au refus russo-britannique.

Les divergences profondes d'intérêts entre la France et l'Angleterre les ont amenées à créer en 1916 une commission mixte de négociation bi-partite, la Commission Sykes-Picot.

Les recommandations de la Commission, acceptées par les deux grandes puissances, relèvent d'un accord signé en 1916, l'accord Sykes-Picot sur le partage du Moyen Orient. (voir carte)

La zone française s'étendait, selon cet accord, d'une ligne partant du nord de Haïfa et du lac de Tibériade en Palestine vers le nord et l'est, incluant le Liban et la Syrie.

La zone britannique s'étendait au sud de cette ligne et incluait la Jordanie et l'Irak d'aujourd'hui. Une large zone contenant les lieux saints sera sous contrôle international.

Parallèlement, et en secret, d'autres négociations sont menées par Sir Henry Mac-Mahon, Haut-Commissaire britannique en Egypte et Hussein Ibn Ali, le cherif de La Mecque. Les Britanniques s'engagent à reconnaître l'indépendance des Arabes à condition que ceux-ci les aident à chasser les Turcs de leur territoire, en fomentant une révolte arabe. Selon cet accord, l'état arabe indépendant incluait-il la Palestine ? Les Anglais démentent catégoriquement. Les Arabes le certifient. Un imbroglio en tout cas qui démasque la mauvaise foi des Britanniques. Car les deux accords, Sykes-Picot et Mac-Mahon-Hussein, sont contradictoires.

La conquête de la Palestine par l'armée britannique vers la fin de la guerre a aussi changé la donne. Des négociations nouvelles sur les frontières de la Palestine s'engagent entre la France et l'Angleterre au cours des années 1919-20.

Ces négociations sont conclues par la signature le 23 décembre 1920 d'une nouvelle convention qui fixe les frontières des territoires entre les zones française et britannique. Il y a un long marchandage et échange de territoires dans le nord de la Palestine. Ainsi les hauteurs du Golan sont rattachées à la Syrie après avoir été incluses dans le territoire de la Palestine, en échange de certaines zones autour du Lac du Houlé et du lac de Tibériade (Kinneret) en Galilée.

En poussant la frontière le long du Jourdain de 50 mètres vers l'est et de dix mètres à l'est du lac, ces quelques changements ont permis une autre répartition des sources d'eau entre la Syrie et le Liban d'une part, et la Palestine de l'autre.

Le Lac de Tibériade, unique source d'eau douce, est inclus dans le territoire de laPalestine.

Les frontières définitives de la Palestine ainsi fixées sont ratifiées par la SDN dans le cadre du mandat accordé à la Grande-Bretagne.

Le problème des frontières du Moyen-Orient, fixées par divers accords contradictoires, sont extrêmement complexes et sont l'objet de nombreuses études. Il ne s'agit ici que de souligner quelques grandes lignes de ces accords pour expliquer les conditions dans lesquelles ces frontières ont été fixées.