Documents historiques· Israël-Palestine
25 juillet 2000
La déclaration de Bill Clinton au sommet de Camp David II
Fiche des archives de Proche-Orient Info
Le sommet de Camp David, deuxième du nom, a lieu entre le 11 et le 25 juillet 2000. Il réunit Ehud Barak, Premier ministre d'Israël et Yasser Arafat, Président de l'Autorité palestinienne, sous la houlette du Président des Etats-Unis, Bill Clinton. Son échec va constituer un tournant historique dans les relations israélo-palestiniennes.
La Déclaration de Principes signée le 13 septembre 1993 (voir fiche) prévoyait que les négociations sur le statut permanent commenceraient à la troisième année de l'entrée en vigueur de l'accord intérimaire, ( Oslo 2)c'est à dire le 4 mai 1996.
Les négociations ont de fait commencé le 5 mai 1996 à Taba en Egypte. Un communiqué conjoint publié le 6 mai, au lendemain de la première session, réaffirme la détermination des deux parties de mettre fin à leur conflit par un accord basé sur la Déclaration de Principes et l'accord intérimaire.
Entre 1996 et 1998, les négociations ont piétiné. Israël accusait les Palestiniens de ne pas respecter leurs engagements et de continuer leurs actions terroristes. Les Palestiniens accusaient Israël de pas respecter les siens, de retarder les redéploiements de ses forces armées et de continuer à construire des implantations.
Puis, dans le Mémorandum de Wye River du 23 octobre 1998, les deux parties s'engagent à relancer les discussions.
Après les élections en Israël et la formation du gouvernement travailliste de Ehud Barak en juillet 1999, les négociations s'engagent le 13 septembre 1999 par une rencontre officielle avec le ministre des Affaires Etrangères israélien, David Lévy. Parallèlement, deux délégations se réunissent régulièrement dans différents endroits pour traiter des points controversés de l'accord intérimaire restés en suspens.
Ehud Barak a une ambition déclarée : mettre fin au conflit séculaire et arriver à un traité de paix avec les Palestiniens, conformément à la lettre et à l'esprit d'Oslo. Il engage une intense activité diplomatique, multiplie les discussions et les contacts. Il refuse d'opérer le troisième redéploiement de l'armée israélienne qu'il juge inutile. Il propose en contre-partie de sauter ces étapes intermédiaires prévues par les accords et d'arriver directement au statut permanent. Cette volonté d'en finir provoque une crise de confiance chez les Palestiniens, qui craignent une manœuvre pure et simple, à tort. Car Barak tente même de reprendre la méthode des négociations secrètes qui ont abouti à l'accord d'Oslo.
Cette fois, elles se tiennent en mai 2000 à Stockholm, en Suède. Clinton insiste pour que Jérusalem soit mis en discussion. Du coup, tout se bloque, les deux partenaires mesurant l'étendue de leurs antagonismes sur cette question capitale. Barak, convaincu qu'à ce stade le seul moyen de parvenir à une solution est une rencontre officielle au sommet, demande au président Clinton de l'organiser. Le président américain aurait été, dit-on, d'abord réticent. Arafat, lui, est sans ambages hostile et le fait savoir à maintes reprises. Il craint les conséquences d'un échec autour d'un sommet mal et insuffisamment préparé, surtout, il redoute cette heure de vérité, un bas les masques sur les intentions réelles de chacun.
Malgré tout, le sommet de Camp David est convoqué le 11 juillet 2000.
Les deux leaders, l'Israélien et le Palestinien, l'abordent dans les pires conditions. Certains partis membres de la coalition gouvernementale craignent qu'Ehud Barak se prepare à de trop grandes concessions, surtout sur la question de Jérusalem, et la quittent. Barak perd sa majorité au parlement, mais étant élu au suffrage universel, reste le chef du gouvernement. Il arrive à Camp David constitutionnellement muni de tous les pouvoirs, mais politiquement affaibli et dénué du coup de légitimité.
De son côté, Yasser Arafat n'est plus le chef populaire qu'il a été : trop d'autoritarisme, trop de corruption et guère d'avantages avec les accords d'Oslo pour son peuple, dont il a perdu en partie la confiance. De plus, son mentor saoudien, le prince Abdallah, le pousse au radicalisme pour ce sommet.
Les négociations de Camp David se déroulent dans le secret le plus total et aucune information officielle n'est publiée à l'exception du communiqué final, le 25 juillet 2000. Un constat d'échec. Les deux parties n'ont pas réussi à parvenir à un accord sur le statut permanent et le texte de conclusion est laconique. Les deux parties s'engagent simplement à poursuivre les négociations sur la base des résolutions 242 et 338 avec l'aide des Etats Unis.
Les informations non officielles qui filtrent petit à petit, après la fin du sommet, révèlent qu'à Camp David on a abordé, pour la première fois, les questions les plus épineuses : Jérusalem, les réfugiés, les implantations, les frontières définitives.
Durant les négociations, plusieurs idées ont été avancées pour sortir de l'impasse. Même si il y a eu échec, elles ont permis d'éclairer les positions des uns et des autres et dans une certain mesure, les limites des concessions possibles.
Jérusalem Les négociateurs israéliens proposent, comme base de départ, que la ville reste unifiée sous souveraineté israélienne. Le compromis peut porter sur le contrôle et l'administration pratique de la ville. Ainsi, une proposition est de créer une municipalité unifiée israélo–palestinienne, une sous - municipalité arabe pour les quartiers arabes, une sous- municipalité juive pour les quartiers juifs. Les quartiers arabes vont jouir d'une importante autonomie interne.
Le Haram-el Sharif (Har-Habait en hébreu),- les mosquées et l'esplanade des mosquées, sera statutairement administré par le Waqf, ce qui est le cas depuis 1967 mais sans reconnaissance officielle.
Puis, Barak avance par surprise une autre proposition qu'il développera lui-même dans les médias à son retour de Camp David. Deux capitales pour deux Etats mais sans partition, l'une à majorité démographique juive, Jérusalem, l'autre à majorité démographique arabe, Al Qods, englobant les villages et les quartiers périphériques palestiniens.
Les Palestiniens rejettent cette proposition et ne font sur le sujet aucune contre-proposition. Ils veulent de fait la souveraineté sur toute la vieille ville, à l'exception du quartier juif et du Mur occidental.
Réfugiés Israël accepte le retour de réfugiés palestiniens de 1948 et de 1967 dans le futur Etat palestinien. Quelques dizaines de milliers de réfugiés de 1948 pourront chaque année se réinstaller en Israël, en vertu du regroupement familial, ce qui est d'ailleurs déjà le cas depuis longtemps. Un fond international de compensations aidera l'installation des réfugiés dans le pays où ils résident ou dans un autre pays de leur choix.
Les Palestiniens demandent qu'Israël reconnaisse sa responsabilité historique et pour près de quatre millions de réfugiés, leur droit de retour sur le sol israélien. A tous points de vue inacceptable pour l'Etat juif, cette demande est celle qui fondamentalement fera échouer les négociations. Elle sera la raison majeure de l'évolution considérable de la gauche israélienne et de sa relecture déchirante du conflit.
Implantations et Frontières Israël demande à annexer trois blocs d'implantation le long de la ligne verte, (les frontières du 4 juin 1967). Dans ces trois blocs résident 80% des habitants des implantations, ils représentent 8% du territoire de la Cisjordanie. En plus, Israël veut conserver une présence militaire durant 10 à 12 ans dans la vallée du Jourdain, le long de la frontière avec la Jordanie. Toutes les implantations dans les territoires non annexés seront démantelées.
Les Palestiniens exigent qu'Israël revienne aux frontières du 4 juin 1967. Ils acceptent le principe d'annexion de 3 à 4 % du territoire contre l'échange d'un territoire correspondant.
Le « non » répété d'Arafat à toutes les propositions israéliennes, en invoquant à la fois son peuple, la nation arabe et un milliard de musulmans, et ceci malgré ce qui apparaît comme des concessions pragmatiques et conséquentes du côté israélien, contribue à délégitimer sévèrement Ehud Barak.
Dans une conférence de presse tenue par Clinton à la fin du sommet de Camp David, le Président américain déclare que la rencontre a abordé les questions jusqu'à là inabordables, que M. Barak a fait preuve de beaucoup de vision et de souplesse par rapport à ses positions initiales. En clair, Clinton fait porter la responsabilité de l'échec à Yasser Arafat.
Bill Clinton, cependant, veut aboutir et il ne relâchera pas ses efforts. A la fin de l'année 2000, il soumet son propre plan, dit Plan Clinton, aux deux parties. De fait, il entérine la fermeture de 80% des implantations, mais surtout il partage Jérusalem, y compris la Vieille Ville, en accordant satisfaction sur presque tous les points aux Palestiniens, en particulier sur les Lieux Saints. Les Israéliens, sous la pression internationale d'une part, celle d'une partie du gouvernement Barak, Yossi Beilin et Schlomo Ben Ami en tête de l'autre, lui disent : « oui, mais… ». Les Palestiniens eux, une nouvelle fois, disent : « non… ». Il font ainsi monter les enchères tandis que se poursuit leur guerre, jusqu'aux négociations de Taba, ( voir fiche) suivies de la logique victoire d'Ariel Sharon aux élections du 6 février 2001.
Déclaration tripartite
Etats-Unis - Israël - Palestiniens
Camp David (États-Unis) -
25 juillet 2000
Entre les 11 et 24 juillet, le Premier ministre Barak et le président Arafat se sont réunis à Camp David, sous les auspices du président Clinton, dans un effort destiné à parvenir à un accord sur le statut permanent. Tout en étant incapables de réduire leurs divergences et de parvenir à un accord, leurs négociations ont été sans précédent, aussi bien dans leur étendue que dans les détails. Partant des progrès réalisés à Camp David, les deux parties sont tombées d'accord sur les principes suivants pour guider leurs négociations :
1. L'objectif des négociations est de mettre un terne à des décennies de conflit et de réaliser une paix juste et durable.
2. Les deux parties s'engagent à poursuivre leurs efforts pour conclure le plus tôt possible un accord sur tous les dossiers liés au statut permanent.
3. Les deux parties conviennent que des négociations basées sur les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l'ONU sont le seul moyen de parvenir à un tel accord et elles s'engagent à créer un environnement propice aux négociations, libre de toute pression, intimidation ou menace de violence.
4. Les deux parties comprennent l'importance d'éviter des actions unilatérales susceptibles de compromettre le résultat des négociations, et que leurs divergences seront résolues uniquement par des négociations menées de bonne foi.
5. Les deux parties sont d'accord pour que les Etats-Unis demeurent un partenaire essentiel dans la recherche de la paix, et continueront à consulter de façon étroite le président Bill Clinton et le secrétaire d'Etat Madeleine Albright.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr