Documents historiques· Israël-Palestine

1141

Le poème de Yehuda Halevi

Fiche des archives de Proche-Orient Info

Après la destruction du deuxième Temple en 70, la population juive se disperse petit à petit dans les pays voisins, rejoignant les descendants des exilés de la destruction du premier Temple et les différentes communautés juives qui se sont formées au cours des siècles écoulés depuis lors.

Mais le centre religieux reste en Eretz Israël, la terre d'Israël. Aucune communauté juive ailleurs, si grande, si dynamique soit-elle, ne conteste la suprématie spirituelle de la communauté d'Israël, malgré sa faiblesse numérique. Pourtant, les générations se succédant, d'autres centres se sont créés, comme en Égypte et surtout en Babylonie, qui auraient pu l'éclipser. L'attachement à la mémoire du Temple et à tout ce qu'il représentait dans la vie nationale du peuple juif reste très vif. Dans les prières quotidiennes, dans les écritures, les poèmes et les livres, on continue à célébrer Jérusalem, le Temple, le pays devenu une terre sacrée dans la mémoire des juifs.

Ces sentiments sont également nourris et exaltés par des voyageurs et pèlerins qui, malgré les difficultés et les dangers du voyage, continuent à visiter Jérusalem partiellement détruite et abandonnée. Au Moyen Age, ce mouvement s'accélère. Il va jouer un rôle déterminant dans la conscience juive. Il contribue à renforcer une conviction qui fait son chemin dans les communautés éparses et qui va bientôt devenir un dogme : celui de la centralité de la terre d'Israël dans la vie quotidienne et spirituelle de la nation juive.

Un homme s'en fait le chantre : Yehuda Halevi. Ce poète juif vit en Espagne au 12ème siècle. Ses vers expriment à la perfection cet attachement à la terre d'Israël et une vision philosophique sur la place qu'il occupe. Halevi en est si habité qu'en 1141, il quitte l'Espagne et entreprend un voyage en Israël. Il y meurt devant le Mur des Lamentations, probablement écrasé par un cheval.

Beaucoup de religieux et d'érudits eux aussi feront la même route. En 1211, par exemple, 300 rabbins de France et d'Angleterre partent s'installer en Israël. D'autres groupes les suivront. Et en 1267, ce sera au tour du très célèbre philosophe, médecin et rabbin Moshe Ben Maimon, Maimonide, de rejoindre la terre promise, avant de s'installer en Egypte.