Documents historiques· Israël-Palestine
634 – 1917
La Palestine sous domination musulmane
Fiche des archives de Proche-Orient Info
En 634, commence la période de la domination musulmane sur la Palestine qui durera jusqu'à 1917, avec une interruption de près de 200 ans. De 1099 à 1291 en effet, les Croisés furent les maîtres de cette terre.
L'arrivée des Arabes en Palestine inaugure une période de tolérance religieuse qui durera jusqu'au 8ème siècle, accueillie avec soulagement par les habitants juifs du pays.
Les Arabes abrogent d'abord le décret byzantin d'expulsion des Juifs de Jérusalem et l'interdiction qui leur est faite d'y résider. Le retour des familles juives, et surtout le transfert de la Yeshiva centrale (école et institution religieuse) de Tibériade à Jérusalem, renforcent notablement la présence juive dans la ville.
À cette époque, on observe une migration accrue des campagnes vers les cités, phénomène lié, entre autres, à une législation discriminatoire envers les agriculteurs non musulmans. Les juifs s'installent surtout dans des villes comme Haïfa, Acre, Ashkelon et Gaza.
Du 8ème au 10ème siècle, la Palestine est successivement dominée par les Omeyyades, les Abbassides, les Fatimides et les Seljukides d'origine turque. Malgré leur défaite face aux Seljukides, les Fatimides réussissent à conserver le contrôle sur la région côtière jusqu'à la fin du 11ème siècle. Ces changements successifs déstabilisent constamment la population locale.
Au début du 8ème siècle, des décrets spécifiques commencent à restreindre les droits des non-musulmans, juifs et chrétiens, autrement dit les peuples du Livre.
Pour en arriver au statut de Dhimmi qui leur est octroyé. Ce statut leur assure la liberté de culte et la jouissance d'une certaine autonomie institutionnelle. Mais il leur impose une infériorité juridique par rapport aux musulmans. Ainsi, ils sont soumis à des impôts spéciaux, en particulier à une taxe dont est redevable chaque homme à partir de 15 ans, et à une autre, sur la possession d'une terre. Cette infériorité juridique prend également des formes humiliantes, telle l'obligation qui leur est faite de céder le pas dans la rue à un musulman, l'interdiction de monter un cheval noble ou d'autres vexations qui varient selon les régions et les époques. Ainsi, les Juifs de Palestine sont obligés de porter un turban jaune, les chrétiens un turban bleu, ce qui permet de distinguer les uns et les autres des musulmans.
Le 12ème et le 13ème siècles marquent une période difficile dans l'histoire de la Palestine. Instabilité politique, révolte de bédouins, insécurité grandissante, crises économiques et affaiblissement démographique de la population locale. La conquête de la Palestine par les Croisés à la fin de ce siècle est accompagnée de massacres, surtout dans les villes. Beaucoup de juifs se réfugient dans la campagne et en Égypte.
La présence des Croisés en Palestine accroît parallèlement l'intérêt de l'Europe pour cette région. L'afflux grandissant d'étrangers pousse à l'amélioration du transport maritime et l'on voit arriver de partout des immigrants juifs qui viennent s'installer dans le pays, mais aussi des voyageurs qui rapportent leurs témoignages sur la vie en Palestine à cette époque et sur l'existence des communautés juives, entre autres à Tibériade, Safed, Meron, Césarée, et dans des villages de Galilée comme Gush Halav, Baram et autres.
Mais en 1291, la ville d'Acre tombe aux mains des Mamelouks. Elle est entièrement détruite. Sa conquête signe la fin du Royaume Franc de Jérusalem.
Les Mamelouks détruisent les villes portuaires pour empêcher l'arrivée de renforts aux Croisés. En même temps, ils détruisent le commerce international. Les communautés juives s'installent donc dans les villes de l'intérieur, loin de la côte.
La domination mamelouk sur la Palestine dure presque 300 ans, jusqu'à l'arrivée des Ottomans en 1517. Ils y resteront quatre cents ans jusqu'à 1917.
En 1516, l'armée ottomane bat les Mamelouks en Syrie, s'empare de ce pays, de la Palestine et de l'Égypte.
Au cours des cinquante premières années du régime ottoman, surtout sous Soleiman le Magnifique, la situation s'améliore nettement. La sécurité est rétablie, l'administration plus efficace, la situation économique meilleure tandis que l'agriculture se développe. Soleiman embellit Jérusalem et construit ses murailles, celles qui l'enserrent aujourd'hui encore.
À cette époque, la population double en Palestine pour atteindre 300.000 personnes. Des immigrants, surtout les Juifs expulsés d'Espagne, s'installent à Jérusalem et à Safed en Galilée. On estime,- les chiffres sont très approximatifs-, à mille le nombre de famille juives en Palestine, lors de la conquête ottomane. Mais au milieu du siècle, il y a déjà 10.000 juifs à Safed seule, probablement plus qu'à Jérusalem. Au début du 17ème siècle, la ville en compte entre 20 et 30 000. Safed est devenue un centre économique et industriel prisé pour la fabrication et la teinture des tissus. Mais surtout, c'est un centre culturel réputé pour ses études mystiques, la Kabbale.
A la fin du 16ème siècle et au début du 17ème siècle, commence le déclin de l'empire ottoman. Des seigneurs locaux se rebellent contre le pouvoir central du Sultan et la Palestine est successivement gouvernée par différents « princes ». La sécurité se détériore surtout en Galilée. Les habitants aisés de Safed et de Tibériade quittent ces villes et s'installent pour certains à Jérusalem. Mais, très vite, cette population locale renforcée est victime des gouverneurs qui lui imposent des impôts exorbitants, comme dans les autres villes du pays d'ailleurs.
Des rebellions, l'imposition de taxes, la corruption caractérisent le 18ème siècle dans la région. Le régime et l'administration sont en décrépitude.
En 1798, Napoléon 1er empereur des Français, envahit l'Égypte et se tourne après vers la Palestine. Il conquiert des villes côtières, Gaza, Jaffa et Haïfa, échoue cependant devant les fortifications d'Acre au nord de Haïfa et retourne avec son armée en Égypte. Le passage de Napoléon en Palestine, malgré un hypothétique appel aux Juifs, ne laisse pas de traces importantes dans l'histoire du pays, mais provoque tout de même un regain d'intérêt des pays européens pour la région.
Les communautés juives sont de plus en plus réduites. De temps en temps, des petits groupes d'immigrés arrivent d'Europe. Ils sont eux-mêmes pauvres et dépendent pour leur subsistance des aides envoyées par des communautés juives d'Europe.
Du point de vue administratif, la Palestine n'est pas une province séparée. Elle fait partie de la province de la Syrie dont le gouverneur réside à Damas.
En 1831, le gouverneur d'Égypte, Mouhamad Ali, occupe la Palestine et la Syrie, sans que le pouvoir central ottoman réagisse. Il améliore l'administration et applique quelques reformes. Cependant, sous la pression des puissances européennes, il se retire en 1840 et les Ottomans récupèrent la région.
Ce gouverneur égyptien a permis l'ouverture à Jérusalem de missions chrétiennes, et même de missions consulaires. À leur retour, les Ottomans pérenisent ces activités, auxquelles s'ajoute même l'activité d'écoles juives.
Les puissances de l'époque, Russie, Autriche, France, Prusse, Angleterre aident les missions et profitent de cette aide pour renforcer leur influence dans la région. Ils sont les protecteurs de leurs sujets et élargissent cette protection aux étrangers et à leurs activités.
Ainsi se développent la protection des orthodoxes par les Russes, des catholiques par les Français et des Juifs par les Anglais.
Le développement technologique européen ne manque pas d'influencer la vie dans la région. En 1831, les bateaux à vapeur entrent en service sur la ligne Europe - Asie tandis que s'ouvre un service postal régulier. En 1865, un service de communication télégraphique est établi à Jérusalem.
La présence des puissances étrangères dans le pays améliore la situation économique et les conditions de vie de la population. On l'estime en 1880 à 450.000 habitants dont 24.000 juifs qui vivent surtout dans les « quatre villes saintes », Jérusalem, Safed, Tibériade et Hébron.
Les 14.000 Juifs de Jérusalem représentent la majorité des habitants de la ville. Déjà en 1861, un premier quartier avait été construit hors les murs avec l'aide de Sir Moshe Montefiore parce que la vieille ville n'arrivait plus à contenir tous les Juifs de la ville. Ce premier quartier a été suivi d'autres comme Nahalat Shiva, Méa Shearim. Ce fut le début de l'expansion de Jérusalem vers l'ouest.
À cette époque, apparaît une tendance à sortir de la vie traditionnelle des études religieuses et à se lancer dans les activités manuelles. Cette tendance est encouragée par Sir Moshé Montifiore. En 1870, l'Alliance israélite universelle fonde la première école agricole de Mikvé Israël au sud de Jaffa. En 1878, le village de Petah Tikva (littéralement « la porte de l'espérance »), destiné à l'activité agricole, est fondé par un groupe de juifs venus de Jérusalem. Durant ces années, d'autres villages sont soutenus par le Baron Edmond de Rothschild. En 1863 sort le premier journal en hébreu « Halevanon », en 1870 le deuxième, « Hahavazelet ».
En 1880-1881, un premier groupe de jeunes immigrants, le « Bilouiim », arrive de Russie. Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont soutenus par les groupes des « Amants de Sion » et seront suivis par des groupes de jeunes pionniers qui, contrairement aux immigrants des siècles passés, veulent créer des villages agricoles et s'y installer. En 1882, sont fondés les villages de Rishon-Le-Zion, au centre, Zichron Yaacov au nord, Roch Pina en Galilée. En 1890-1991, Rehovot au centre, Be'er Tuvia au sud, Metula en Galilée. Ces jeunes venus des villes n'ont aucune expérience des travaux agricoles, mais ils ont la foi et sont considérablement aidés par le Baron Edmond de Rothschild.
C'est le mouvement de la « première Aliya », la première immigration.
Les années 1904-1914 voient une nouvelle vague d'immigration, la « deuxième Aliya ». Les nouveaux arrivants sont majoritairement jeunes. Ils créent partout dans le pays des villages agricoles collectifs. En 1910, est fondé Degania, le premier kibboutz d'Israël.
C'est une nouvelle page de l'histoire d'Eretz Israël qui commence.