Documents historiques· Israël-Palestine
1095 – 1492
Les croisades et les persécutions des Juifs en Europe au Moyen-âge
Fiche des archives de Proche-Orient Info
En 1095, le Pape Urbain II lance à Clermont un appel aux chrétiens d'Europe afin qu'ils portent secours aux chrétiens d'Orient et libèrent les lieux saints. Il ne s'attendait certainement pas à ce que cet appel remporte un tel succès et provoque de telles dérives.
Lors de la première croisade, se joignent aux Chevaliers des dizaines de milliers de pauvres paysans et citadins qui, partout où ils passent et surtout le long de la vallée du Rhin, s'attaquent aux communautés juives. Des hommes d'église et des seigneurs locaux essaient de les protéger en les mettant à l'abri dans des endroits fortifiés - en vain la plupart du temps. Les chroniques de l'époque rapportent que des centaines de communautés juives sont alors anéanties, des dizaines de milliers de juifs massacrés, brûlés vifs par familles entières. Les Croisés promettent la vie sauve aux Juifs qui acceptent de se convertir au christianisme. La plupart préfèrent la mort.
Jamais jusque là dans l'histoire de la diaspora de tels massacres, un tel anéantissement de communautés n'avaient été perpétrés.
Précédés d'une telle réputation, il n'est pas étonnant que les Croisés se heurtent, à Jérusalem, à une résistance acharnée qui se termine tragiquement pour les Juifs. Une fois la ville tombée, ceux qui se sont réfugiés dans les synagogues sont brûlés vifs. Ceux qui ont défendu Haïfa subissent le même sort. Tel est aussi le sort malheureux des musulmans dans ces mêmes cités.
La période des croisades marque également une nouvelle étape dans la détérioration des conditions de vie des juifs d'Europe. Au cours du douzième siècle, ces communautés, victimes d'accusations de crimes rituels et de pratiques sataniques contre les chrétiens, sont persécutées et anéanties.
Ces persécutions atteignent leur paroxysme en 1348 quand l'épidémie de peste noire anéantit un tiers de la population d'Europe. La rumeur, qui gagne rapidement toute l'Europe, accuse les Juifs d'empoisonner les puits et de propager délibérément l'épidémie. Il s'en suit pour eux d'incessants actes de cruauté et de nouveaux massacres.
Du début du 14ème siècle jusqu'au 16ème siècle, partie de France pour gagner l'Angleterre et les pays d'Europe centrale, une nouvelle vague d'expulsions atteint les communautés juives, lesquelles sont souvent rappelées quelque temps après par leurs persécuteurs pour des raisons économiques.
En janvier 1492, l'année de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, la ville de Grenade tombe aux mains des Chrétiens. L'Inquisition prépare déjà l'expulsion des Juifs d'Espagne. En avril de la même année, les très catholiques Ferdinand et Isabelle publient l'édit d'expulsion. La plus grande communauté juive, 150 000 personnes, qui est aussi la plus riche et la plus influente d'Europe, est obligée de quitter l'Espagne en trois mois. Une grande partie trouve d'abord refuge au Portugal où elle est rattrapée par un autre édit d'expulsion, à moins qu'elle n'accepte de se convertir. La tragédie est particulièrement atroce pour les familles auxquelles on arrache des enfants afin de les convertir de force.
L'expulsion des juifs d'Espagne provoque chez eux un tel choc qu'ils jurent de ne plus jamais y retourner. La parole sera tenue pendant 500 ans jusqu'à la deuxième guerre mondiale : certains y trouveront alors refuge sous le régime franquiste, le général Franco- lui-même d'origine juive – ayant décidé de leur ouvrir les portes de son pays. Enfin, en 1992à la grande synagogue de Madrid, le roi Juan Carlos a non seulement demandé pardon aux Juifs d'Espagne pour la tragédie qu'ils ont vécue mais il a aussi, geste historique, annulé le décret d'expulsion de 1492.
Les expulsés d'Espagne trouvent aussi refuge en Afrique du Nord, dans les pays de l'Empire ottoman, en Italie ou en Palestine.