Les dessous de l’étrange « mission aérienne » israélienne aux frontières de l’Iran
Les frappes contre l’Iran reprendront-elles après (ou avant) les législatives israéliennes ? Et quel sera, cette fois, leur objectif ? Les révélations des médias israéliens et américains.

Dans la nuit du 19 au 20 octobre, des dizaines d’avions de combat israéliens, accompagnés d’avions ravitailleurs, ont effectué une mission aérienne, survolant la Syrie et l’Irak avant de faire demi-tour à la frontière iranienne. Que cherchaient-ils ?
Le site d’informations israélien N12 relève que cette mission « intervient le jour même où le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, effectue une visite en Israël » pour y rencontrer Benjamin Netanyahou et Israël Katz sur la base aérienne d’Ovda. Les responsables israéliens et américains avaient insisté sur son caractère dissuasif, mais « elle aurait pu entraîner une erreur d’appréciation de la part des Iraniens, provoquer une riposte de Téhéran et conduire à une escalade susceptible de déclencher une reprise de la guerre ».
Israël espérait-il une riposte ?
Simple « démonstration de puissance militaire » destinée à dissuader l’Iran ? Possible. Mais des sources américaines disent avoir eu « le sentiment qu’Israël espérait que les Iraniens ouvriraient le feu sur les appareils, ce qui lui fournirait une justification pour lancer une attaque contre l’Iran ».
Le New York Times est d’ailleurs formel : « Les armées américaine et israélienne ont élaboré des plans précis pour reprendre leurs frappes contre l’Iran après les élections américaines de mi-mandat », et les deux armées ont « intensifié leurs exercices », notamment au-dessus de l’Irak. Les cibles auraient été déterminées : elles « pourraient comprendre les infrastructures énergétiques iraniennes, les installations nucléaires, ainsi que les arsenaux de missiles et de drones ».
Si Trump continue de freiner, ce serait en raison des menaces de l’Iran, ses responsables ayant « promis que, cette fois, leurs représailles viseraient non seulement les navires commerciaux et les infrastructures énergétiques de la région, mais aussi les centres de données et les câbles Internet sous-marins ».
Un forcing israélien à l’approche des élections
Dans une chronique publiée sur Ynet, le site d’information du quotidien Yedioth Ahronoth, Ron Ben-Yishai, vétéran du journalisme de guerre israélien, juge « raisonnable d’estimer que le “branle-bas de combat sécuritaire” entretenu par Netanyahou et Katz vise à améliorer la position de la coalition, et surtout celle du Likoud, dans les urnes ».
La rencontre Netanyahou-Hegseth l’interpelle : « Jamais, dans l’histoire d’Israël, un premier ministre ne s’était déplacé en avion pour rencontrer un ministre étranger, aussi important soit-il, sur le territoire israélien. » Car, insiste-t-il, « la seule menace réellement concrète qui existe actuellement (…) est en Cisjordanie, où le climat devient explosif en raison des exactions commises par des émeutiers juifs ».
i24NEWS confirme pour sa part que, selon des responsables israéliens, « la rencontre a porté sur l’Iran », à l’heure où « « les renseignements continuent d’indiquer que l’Iran pourrait profiter des élections israéliennes pour tenter d’en perturber le déroulement, voire d’empêcher complètement la tenue du scrutin ». Ces informations « portent sur plusieurs menaces potentielles, notamment des tirs de missiles, des projets d’attentats ainsi que des attaques visant de hauts responsables israéliens ».
i24NEWS précise qu’« en revanche, de hauts responsables de l’appareil de défense souhaitent reporter une telle opération », tout en se disant « naturellement prêts à agir dès qu’un ordre leur sera donné ».
Les Etats-Unis s’en vont sur la pointe des pieds
Pendant ce temps, le site d’information américain de centre gauche, CBS News, relève que le département d’Etat américain a ordonné le départ d’Arabie saoudite des employés « n’exerçant pas de fonctions d’urgence, ainsi que de leurs familles ».
Mais l’armée américaine « réduit également discrètement sa présence dans plusieurs installations au Moyen-Orient, en raison des menaces persistantes dans la région, émanant à la fois des Houthis et directement de l’Iran ».