Documents historiques· Israël-Palestine

21 mai 2001

Le Rapport Mitchell

Fiche des archives de Proche-Orient Info

Fin septembre 2000, le chef de l'opposition israélienne, Ariel Sharon, décide de se rendre sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem pour réaffirmer symboliquement la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Ceci au moment où le premier ministre Ehud Barak est entraîné à des concessions de plus en plus importantes, malgré le « non » opposé par Yasser Arafat à ses propositions lors du sommet de Camp David.

Alors éclate une nouvelle intifada, appelée « intifada El-Aqsa ». Parce qu'elle débute sur l'Esplanade des Mosquées/Haram-el-Cherif, troisième lieu saint de l'islam, mais aussi par un prêche incendiaire de l'imam d'Al Aqsa appelant au jihad contre les Juifs.

Les Palestiniens accusent la « provocation » de Sharon et le gouvernement d'Israël qui l'a laissé faire d'être à l'origine de cette guerre qui débute. Les Israéliens accusent les Palestiniens de s'en servir comme du prétexte qu'ils attendaient, ayant préparé de longue date cette intifada.

Les relations entre les uns et les autres se détériorent à grande vitesse. A la violence palestinienne succèdent des représailles israéliennes, puis l'entrée de Tsahal dans les territoires autonomes palestiniens, afin de combattre les terroristes dans leurs bases.

La coordination sécuritaire est gelée. Les Israéliens exigent l'arrêt des actes de violence palestiniens. Les Palestiniens, eux, veulent le repli des forces israéliennes sur les positions qu'elles occupaient avant le déclenchement de la deuxième intifada, ainsi que l'envoi de forces internationales dans les territoires pour « protéger la population ».

Afin de sortir de ce cercle vicieux et relancer les négociations politiques entre Israël et les Palestiniens, une conférence au sommet est organisée à Charm-el-Sheikh en Egypte, les 16 et 17 octobre 2000. A cette conférence participent le Président américain, Bill Clinton, le Président égyptien Hosni Moubarak, le Roi de Jordanie, Abdallah, le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, le représentant de l'Union Européenne, Javier Solana et les deux protagonistes, Ehud Barak, Premier ministre israélien et Yasser Arafat, Président de l'Autorité palestinienne.

Aucun accord concret ne peut être conclu sur le conflit. Mais face à la demande insistante des Palestiniens pour l'envoi d'une commission d'enquête internationale sur les violences à Gaza et en Cisjordanie, et face au refus catégorique d'Israël, un compromis est trouvé. Il permet de charger le Président Clinton de créer une commission à composition internationale appelée « facts finding commission ». Elle est chargée de lui rapporter les résultats des enquêtes qu'elle est habilitée à mener et ses conclusions sur les violences qui ont éclatées dans les territoires et en Israël. La commission est présidée par l'ancien sénateur américain George Mitchell qui se fit remarquer pour ses bons offices en Irlande du Nord.

La commission présente ses conclusions le 21 mai 2001.

Le rapport Mitchell fait indéniablement un effort pour ne pas juger les deux parties. Il exprime une compréhension objective des préoccupations des uns et des autres. Elle récuse l'accusation palestinienne selon laquelle la visite de Sharon est à l'origine de l'intifada. Elle récuse aussi l'accusation israélienne selon laquelle l'intifada était préparée de longue date.

Ses conclusions ne cachent pas son souhait essentiel :

aider les deux parties à sortir de l'impasse, relancer les négociations politiques. La commission recommande d'avancer en trois étapes successives :

1) Arrêt de la violence. C'est un préalable, le seul. Aucune avancée n'est possible avant l'arrêt préalable et complet des actes de violence et la reprise de la coopération de sécurité.

2) Reconstruire ensuite la confiance entre les deux parties par l'établissement d'une période de calme significative afin de prouver qu'un changement réel, et non pas une mesure tactique, est intervenu; aux Palestiniens elle demande de faire 100% d'efforts pour empêcher les actes terroristes et incarcérer les terroristes; aux Israéliens elle demande d'envisager le retrait de leurs forces sur leurs positions d'avant l'intifada et de geler toute activité d'implantation, y compris l'élargissement des implantations existantes à cause de leur « croissance naturelle »; une série d'autres mesures sont recommandées aux deux parties dans le cadre des efforts pour reconstruire la confiance; quant à la demande palestinienne d'établir dans les territoires une force internationale, la commission croit que, pour être efficace, une telle force aurait besoin de l'appui des deux parties. Israël est toujours contre.

3) Reprise des négociations, une fois les deux premières étapes accomplies.

Les deux parties considèrent que les conclusions de la commission sont acceptables, malgré quelques réticences. A ce jour pourtant, la mise à l'épreuve du rapport Mitchell n'a pas encore eu lieu : le préalable sur l'arrêt de la violence est lettre morte. Néanmoins, le rapport Mitchell est considéré comme un document de base pour toute reprise des négociations.

Le Rapport Mitchell — Proche-Orient ◆ info