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Les circuits d’influence qataris au cœur des centres de pouvoir israéliens

Conseillers de Netanyahou, associations arabes, hôpital de Jérusalem : les enquêtes israéliennes dévoilent une opération tentaculaire et dangereuse.

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L’émir du Qatar, Tamim bin Hamad Al Thani, le 18 décembre 2025 après la finale de la Fifa Arab Cup (Tnani Badreddine/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images).
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L’enquête du Shin Bet sur des soupçons de financements qatari lors des élections israéliennes du 27 octobre occulte une affaire bien plus vaste, avec une question qui se pose désormais : jusqu’où s’étend la pénétration qatarie des centres de pouvoir israéliens ?

Qatargate : l’argent au cœur du pouvoir

Tout commence avec le Mondial de 2022. Doha rémunère les communicants les plus proches de Benyamin Netanyahou pour redorer son image : Yonatan Urich, son conseiller en communication, et Israel Einhorn, stratège de ses campagnes électorales.

La relation se poursuit pendant la guerre contre le Hamas. Selon N12, le site d’information de la chaîne israélienne 12, Urich reconnaît avoir reçu plusieurs centaines de milliers de shekels pour son travail lié au Qatar, poursuivi jusqu’en 2024.

ANALYSE

Le Rubik’s Cube de l’identité israélienne

Les urnes ont mis à nu le nouveau dilemme d’Israël : sionisme et antisionisme. Les lignes se croisent en tous sens.

Mais l’affaire dépasse le lobbying. Einhorn, Urich et Eli Feldstein, chargé de la communication militaire auprès du bureau de Netanyahou, participent à la circulation de messages favorables à Doha dans la presse israélienne. En pleine négociation pour la libération des otages, ces messages cherchent à discréditer l’Egypte et à présenter le Qatar comme le médiateur incontournable. Les trois sont aussi soupçonnés d’avoir transmis à Doha des renseignements classifiés concernant l’Egypte, qui auraient ensuite servi à alimenter cette campagne médiatique. Tous contestent les accusations. Netanyahou affirme avoir ignoré ces activités.

Doha-Londres-Haïfa : le réseau Bishara

Autre circuit, autre personnage central : Azmi Bishara, fondateur de Balad, parti arabe israélien, nationaliste palestinien et antisioniste. Cet ancien député fuit Israël en 2007, alors que le Shin Bet le soupçonne d’avoir transmis des renseignements au Hezbollah pendant la guerre du Liban de 2006. Il ne revient pas répondre aux enquêteurs israéliens, et l’affaire ne débouchera pas sur un procès.

FOCUS

Du Qatar au Collège de France : la galaxie Azmi Bishara

En novembre 2025, le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (CAREP) coorganise avec l’historien Henry Laurens un colloque au Collège de France consacré à « La Palestine et l’Europe ». Installé, non sans ironie, rue Raymond-Aron à Paris, le CAREP est une association créée en 2018, affiliée à l’Arab Center for Research and Policy Studies (ACRPS) de Doha, qui assure, selon le CAREP lui-même, une grande partie de son financement.

A la tête de l’ACRPS, Azmi Bishara, également membre du conseil scientifique du CAREP, doit présenter la note de synthèse inaugurale.

Au débat de clôture : Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, accusée d’antisémitisme et de partialité pour plusieurs déclarations controversées ; Dominique de Villepin, qui accuse Israël de génocide et réclame des sanctions ; et Josep Borrell, ancien chef de la diplomatie européenne, qui a lui aussi accusé Israël de génocide.

Le programme déroule les classiques du discours décolonial : sionisme présenté comme projet colonial européen, responsabilité de l’Europe, réseaux d’influence pro-israéliens, remise en question du poids du « génocide des juifs » dans le soutien européen à Israël, avec une intervention consacrée à son « instrumentalisation », et un panel intitulé « Silencier les voix palestiniennes », modéré par Alain Gresh.

Face à la polémique, le Collège de France annule l’événement. Le colloque se tient finalement les 13 et 14 novembre dans les locaux du CAREP. En juillet 2026, la justice administrative annule la décision du Collège de France.

Installé au Qatar, devenu proche des cercles dirigeants de l’émirat, Bishara dirige un centre de recherche à Doha. Selon une enquête du média d’investigation israélien Shomrim, ce centre finance la Galilee Foundation de Londres, présidée par son frère Marwan. La fondation redistribue des fonds à plusieurs associations en Israël, dont un centre de recherche sur la société arabe et le nationalisme palestinien et des associations pour la jeunesse arabe.

Parmi elles, l’Association pour la culture arabe de Haïfa, historiquement liée à la famille Bishara, a reçu 17,8 millions de shekels (plus de 5 millions d’euros) de dons étrangers entre 2020 et 2025, soit plus de 95 % de ses revenus, selon Shomrim. Elle gère le programme phare de la fondation : des bourses de 3.000 shekels (855 euros) assorties d’ateliers sur l’identité et l’histoire palestiniennes, et des activités éducatives auprès d’élèves arabes. Selon Shomrim, ce dispositif permet de toucher, au-delà des centaines de boursiers, des milliers d’écoliers.

Le rapport annuel 2024-2025 de la Galilee Foundation précise que les boursiers participent à un programme de bénévolat les encourageant à « se connecter à leur héritage palestinien ». Cette année-là, 193 étudiants en ont bénéficié. Selon ce rapport, la fondation finance aussi Mada al-Carmel, centre de recherche sur la société arabe et l’identité palestinienne, qui soutient 17 chercheurs ; Baladna, association de jeunesse ayant touché au moins 5.000 jeunes ; des centres culturels et communautaires à Haïfa et Jaffa, ainsi qu’un programme d’entrepreneuriat de l’université Al-Quds destiné à 500 personnes.

Le circuit respecte la réglementation israélienne, qui impose d’identifier le donateur, pas l’origine de ses fonds. Sima Vaknin-Gil, ex-directrice générale du ministère des Affaires stratégiques et directrice par intérim de l’ISGAP, institut américain qui étudie l’antisémitisme et les réseaux d’influence, dénonce cette faille législative : les fonds peuvent transiter par plusieurs intermédiaires étrangers tout en respectant formellement les obligations israéliennes de transparence. Elle y voit des méthodes comparables au blanchiment, sans illégalité nécessaire.

Des hôpitaux et des voitures

A Jérusalem, l’hôpital Saint-Joseph a reçu environ 7 millions de dollars du Qatar Fund for Development au titre de son statut d’institution française, ce qui, selon Ynet, le soustrait au contrôle exercé sur les associations israéliennes.

La pénétration qatarie ne s’arrête pas aux frontières d’Israël. Elle passe par le capital de Volkswagen, où Doha a compliqué un projet lié au Dôme de fer, et par l’enseignement du Moyen-Orient dans les universités et écoles américaines.

Les gouvernements israéliens ont eux-mêmes sollicité les fonds qataris pour Gaza. Doha dispose désormais donc d’un argument tout trouvé pour masquer son influence, voire son ingérence, et retourner la situation à son avantage.

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