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Israël : Mansour Abbas ? « Respecte-le, et méfie-toi de lui ! »

PORTRAIT - Islamiste modéré ? Islamiste radical ? A l’approche des législatives du 27 octobre, le député arabe Mansour Abbas, président du parti Ra'am, demeure l’une des figures les plus énigmatiques et controversées de la vie politique en Israël. Décryptage de ce qui, dans ses mots et ses gestes au fil du temps, révèle une dualité constante.

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Dual, Mansour Abbas, député (photo : à la Knesset le 13 juin 2021) et président du parti Ra’am, est-il un islamiste modéré ou islamiste radical ?(MARCUS YAM / LOS ANGELES TIMES).
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Qui est véritablement Mansour Abbas ? Son parcours, ses prises de position, ses actes, tout chez le député arabe israélien et président du parti Ra’am, suscite interrogation. Islamiste, est-il modéré ou radical ?

Pour Ali Waked, journaliste arabe israélien et directeur des chaînes internationales d’i24NEWS, sa démarche d’intégration est sincère : « L’intégration a toujours été sa doctrine depuis ses études à l’Université hébraïque », affirme-t-il. Abbas, ajoute-t-il, a d’ailleurs payé cher cette orientation et est considéré comme un traître par une partie du mouvement islamique. Alors que se profilent les élections législatives du 27 octobre, Waked espère même qu’Abbas entrera dans le prochain gouvernement d’alternance : « Je considère que c’est précisément lui qui, en siégeant dans ce gouvernement, préservera l’avenir de la démocratie libérale ». Visiblement avec Mansour Abbas, on n’en n’est pas à un paradoxe près !

L’orientaliste Dr Mordéhaï Kedar, lui, livre une lecture diamétralement opposée. Ainsi Mansour Abbas serait-il capable d’utiliser la « Taquiyah », une stratégie de dissimulation qu’il associe à l’islam radical : « C’est un caméléon. Comme le font les Frères musulmans, il vérifie toujours les limites à ne pas dépasser pour survivre et continuer à promouvoir le djihad ! » Kedar estime tout à la fois qu’Abbas est sincère lorsqu’il lutte contre la criminalité dans le secteur arabe, mais que ce combat lui servirait pour développer son véritable projet : celui d’une société islamiste.

Conseiller puis porte-parole du Mouvement islamique israélien

Cette ambiguïté, cette dualité remontent à loin. Né en 1974 à Mrahr, en Basse-Galilée, dans une famille d’agriculteurs de onze enfants, Mansour Abbas se tourne à 16 ans vers une pratique religieuse stricte et apprend par cœur les 600 pages du Coran. Et à 17 ans, il prêche déjà dans les mosquées de Galilée. Mais, dans les années 1990, ses études de chirurgie dentaire à l’Université hébraïque de Jérusalem marquent une première inflexion. Elu président de l’Union des étudiants arabes, il privilégie, en effet, les problèmes sociaux au sempiternel dossier palestinien.

Cette orientation ne signifie pourtant pas une rupture avec l’islam politique. Le cheikh Abdallah Nimer Darwish, fondateur du Mouvement islamique israélien – qui se réclame de la doctrine des Frères musulmans -, fait d’Abbas son conseiller puis son porte-parole. Lorsque le mouvement se scinde en 1996, Abbas rejoint la branche « Sud », plus modérée qui accepte la participation aux élections, contrairement à la branche « Nord » de Raed Salah, plus radicale et hostile à toute légitimité de l’Etat d’Israël.

« Je prie pour l’élévation des âmes des six millions de Juifs massacrés »

Puis en 2007, Abbas devient secrétaire général de Ra’am, la ramification politique du Mouvement islamique, avant d’en devenir le président en 2018. Il fait alors adopter la doctrine « Wassatiyah », qui prône un islam modéré. Il entre à la Knesset en 2019 avec une priorité affichée : améliorer les conditions de vie des Arabes israéliens et favoriser leur intégration, alors que les autres députés arabes continuent à placer la création d’un Etat palestinien au cœur de leur action parlementaire.

Très vite, il se distingue, d’abord par des paroles. En avril 2020, lors de la Journée de la Shoah, il déclare à la Knesset : « Je prie pour l’élévation des âmes des six millions de Juifs massacrés. Je suis solidaire avec le peuple juif, victime d’une extermination par les nazis, et je dis : “Plus jamais cela”. ». Des mots qui touchent les Juifs israéliens.

Des mots modérés en hébreu, d’autres plus radicaux en arabe

Pourtant, Mansour Abbas intrigue. Ses détracteurs l’accusent d’user d’un double langage : modéré lorsqu’il s’exprime en hébreu, plus radical lorsqu’il s’adresse, en arabe, à son électorat. En 2021, durant les émeutes arabes, il se rend dans une synagogue incendiée de la ville judéo-arabe de Lod et dénonce les actes de vandalisme.

Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer à la même époque, en arabe, et devant un public conquis : « Jérusalem et la Palestine nous unissent avec les Palestiniens et rien ne nous séparera d’eux ! » Déjà en 2016, devant un public arabe, il avait déclaré à l’adresse des juifs israéliens : « Vous êtes l’occupant. Vous n’avez aucun droit sur le Mur occidental ni sur la mosquée d’El-Aqsa. » Et d’ajouter : « Notre boussole est claire. Nous voulons que ce soient nos enfants qui héritent de cette terre. C’est la promesse d’Allah. »

2021, année charnière

D’ailleurs, 2021 sera son année charnière : lors des législatives, Ra’am obtient quatre députés et devient indispensable à la formation du gouvernement Bennett-Lapid. En échange de son entrée historique dans la coalition gouvernementale, Abbas obtient notamment un plan quinquennal de 30 milliards de shekels (!) pour lutter contre la criminalité dans le secteur arabe israélien et développer ses infrastructures.

A la fin de cette même année, il lève un tabou majeur et reconnaît publiquement, et en hébreu, que « l’Etat d’Israël est né comme Etat juif et [qu’]il doit le rester ». Il est le premier député arabe israélien à l’affirmer aussi ouvertement, ce qui lui vaut une volée de bois vert de la part des élus d’autres partis arabes. Mais cinq ans plus tard, en août 2026, il relativise ce positionnement courageux : « J’ai agi de la sorte pour éviter d’être invalidé du scrutin par la commission électorale ! », dit-il. Encore et toujours ce double langage…

Le 7-Octobre, des « événements choquants et regrettables »

Le 7 octobre 2023, Abbas est l’un des premiers dirigeants arabes israéliens à condamner les exactions du Hamas, qu’il qualifie d’« événements choquants et regrettables ». Il appelle immédiatement la population arabe à la retenue. Et pourtant, il refuse toujours de qualifier le Hamas d’organisation terroriste et se garde bien de parler de « massacres » pour définir cette terrible journée. Pour ses adversaires, ces précautions ne sont pas anodines. Elles sous-entendent qu’Abbas ne s’est pas totalement déconnecté de l’idéologie des Frères Musulmans.

D’ailleurs, afin de le discréditer, le Likoud brandit la charte du Mouvement islamique, qui revendique son identité palestinienne et arabe, se réfère à la charia, soutient la création d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967 et prône le retour de tous les réfugiés palestiniens, même sur le territoire israélien – ce qui apparaît, s’appuyant sur la démographie, une duperie sur l’acceptation des deux Etats.

Alors, Mansour Abbas décide de consolider l’autonomie de Ra’am : en décembre 2025, il annonce que son parti a rompu ses liens avec le conseil consultatif de l’A-Choura et avec le Mouvement islamique. Puis, autre démarche révolutionnaire, il ouvre sa liste électorale à un candidat juif et sioniste, Yoav Segalovitz, ancien haut responsable de la police et ex-vice-ministre de la Sécurité intérieure, qui s’était déjà distingué dans la lutte contre la criminalité arabe.

Contacts avec le Hamas

Mais la suspicion demeure, alimentée aussi par le rappel, très embarrassant pour Abbas, de ses rencontres, au fil des ans, avec des responsables du Hamas. En 2014, il s’entretient avec Khaled Mashal, le chef du bureau politique du mouvement terroriste. En 2016, il rencontre Salah al-Arouri, l’un des fondateurs de sa branche armée. Des contacts qu’il justifie par son rôle au sein de la « commission de suivi des Arabes israéliens », qui cherche à cette époque à rapprocher le Hamas du Fatah.

Plus embarrassants encore sont les liens de son entourage avec le mouvement terroriste palestinien. Razi Issa, proche conseiller d’Abbas et présent lors de la signature de l’accord de coalition de 2021, dirigeait alors Aid 48, une branche sociale du Mouvement islamique « Sud ». L’association a été démantelée par la police israélienne après des accusations de transferts de fonds vers des organismes liés au Hamas.

Une méfiance insoluble, à la veille des élections

Alors, au bout du compte, alors que se profilent les élections législatives en Israël, ce sont, sans conteste, les horreurs du 7-Octobre qui ont profondément renforcé la méfiance d’une partie de la population juive israélienne envers Mansour Abbas. Et ce, en dépit des gestes tangibles et même audacieux qu’il a effectués au cours des dernières années. Son double langage entraîne donc une double lecture de sa personnalité : pragmatique d’un coté, plus dogmatique de l’autre…

C’est peut-être précisément dans cette contradiction que réside le mystère Mansour Abbas. Difficile de savoir si son évolution constitue une véritable rupture avec son héritage idéologique ou s’il s’agit au contraire d’une nouvelle manière de le prolonger. En ce sens, le dicton talmudique « Respecte-le, et méfie-toi de lui ! » reflète certainement, mieux que tout autre, cette étonnante dualité.

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