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A Tel Aviv samedi soir, une marée humaine, émue, qui ne peut pardonner à Netanyahou « sa scandaleuse défaillance »

EN DIRECT DE TEL AVIV - « Celui qui se dérobe à une commission d'enquête d'Etat a sans doute des choses à cacher ! », lance au micro, bouleversé, le rabbin Danino. « Honte, honte », renvoient des dizaines de milliers de voix pour le dernier rassemblement de tous ceux qui s'opposent au chef du gouvernement israélien.

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Lors d’une manifestation à Tel Aviv, samedi 24 octobre, à la veille des élections législatives (Gil Cohen Magen/picture alliance via Getty Images).
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C’était à Tel-Aviv, ce samedi soir, le shabbat vient à peine de s’achever. Dans la moiteur de la ville, une marée humaine s’étire de la place Yitzhak Rabin et se déverse dans celle des Otages, déjà noire de monde.

A trois jours des législatives, ils sont des dizaines de milliers avec un seul mot d’ordre à la bouche : faire la lumière sur le meh’dal. Depuis plus de trois ans, ce mot, qui en nécessite deux pour être traduit, est dans tous les esprits : la « scandaleuse défaillance » qui a permis la boucherie du 7-Octobre.

La lumière… A la demande des organisateurs, les manifestants orientent leurs portables vers le ciel à l’attention des drones qui filment la scène. Les écrans géants autour de la place s’illuminent d’une multitude de points.

« Bibi, responsable ! Bibi, responsable ! »

Une clameur monte au rythme endiablé des tambours : « Bibi, responsable ! Bibi, responsable ! ».

Puis, au micro, devant une nuée de drapeaux bleu et blanc frappés de l’Etoile de David, c’est au tour du rabbin Elhanan Danino. L’émotion qui étreint sa voix submerge les manifestants. Il parle de son fils aîné, Ori, enlevé le 7-Octobre, assassiné en captivité après 330 jours dans la nuit d’un des sinistres tunnels de Gaza. Ses mots sont acérés comme une lame de rasoir.

« Celui qui se dérobe à une commission d’enquête d’Etat a sans doute des choses à cacher »

« Celui qui se dérobe à une commission d’enquête d’Etat a sans doute de bonnes raisons de le faire. Celui qui se dérobe à une commission d’enquête d’Etat a sans doute des choses à cacher », lance-t-il. « Honte ! Honte ! Honte ! », réagissent les manifestants en une seule clameur.

« Et un peuple qui n’enquête pas sur son passé tire un trait sur son avenir », met en garde le rabbin qui déclenche un tonnerre d’applaudissements et de hurlements de trompettes cette fois-ci.

Silence oppressant

A la tribune vont se succéder d’anciens otages, des proches de victimes, des survivants. Des photos de captifs tués par le Hamas défilent sur les écrans.

Le silence est oppressant.

Lorsque Mali Zander évoque d’une voix courageuse sa fille Noa, 22 ans et demi, venue danser au festival Nova à 5 heures du matin, l’émotion est à son comble. À 6 h 29, sous la première salve de roquettes, la jeune fille va se réfugier dans l’abri bétonné à l’entrée du kibboutz Re’im. Quarante et un jeunes s’y entassent. Vingt-huit sont massacrés. Noa est parmi eux.

« Comment, trois ans après, personne n’a-t-il encore rendu des comptes ? », s’insurge cette infirmière hospitalière. « Un pays, ajoute-t-elle, ne peut tourner la page sans examen de conscience. » Elle se garde de désigner un candidat, mais exhorte chacun à voter « pour ceux qui ne le peuvent désormais plus », et à choisir des dirigeants « capables enfin de dire : « nous avons échoué ».

« Pour que ça ne recommence pas »

En contrebas, on aperçoit ceux qui vont essayer mardi, ensemble ou en ordre dispersé, de mettre un terme aux deux décennies du pouvoir de « Bibi » : Gadi Eisenkot, très applaudi à son arrivée, Yaïr Golan, Avigdor Lieberman, Naftali Bennett et Yaïr Lapid.

Ce dernier promet, devant une poignée de journalistes, qu’une commission d’enquête verra le jour « un quart d’heure »  après la formation du prochain gouvernement.

Aucun candidat ne monte sur le podium, à la demande des organisateurs soucieux de ne pas exacerber les tensions politiques déjà élevées. Quelques heures plus tôt, ils ont adressé une lettre urgente au chef de la police pour signaler le risque d’une présence bruyante de perturbateurs de droite.

À l’issue des discours, tous se dispersent paisiblement.

Ron Attias, 29 ans, habitant du kibboutz Re’im, limitrophe de la bande de Gaza, a le sourire. « Dans trois jours, Bibi prendra sa retraite. Il aura tout le temps nécessaire pour répondre de ses actes. Nous devons savoir comment un tel meh’dal a été possible. Pour que ça ne recommence pas. »

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