Emeutes du 17 octobre

Oui ou non, y a-t-il eu tant d’ingérences étrangères lors du 17 octobre ?

La Russie, l'Iran et l'Algérie ont été incriminées. L'étude des sources les plus sérieuses montre que leur implication est plus nuancée qu'il y paraît. Plutôt la préparation de l'élection présidentielle 2027.

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Place de la République, à Paris, lors des manifestations du 17 octobre (Antoine Gyori – Corbis/Corbis via Getty Images).
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Il fallait à tous une explication logique. Les volutes de gaz lacrymogènes à peine disparues, une première brève de France Culture sous-entendait des ingérences étrangères, pointant la responsabilité de pays comme l’Iran, la Russie ou l’Algérie.

Plusieurs milliers de lignes écrites plus tard, il est temps de faire le point.

Une amplification venue de l’extérieur

Le 21 octobre, l’Union européenne, nous apprenait le Financial Times, prenait la menace au sérieux et débutait une enquête. L’ONG Alliance4Europe publiait les résultats de sa propre enquête, l’analyse de plus de 547.000 publications sur les réseaux sociaux et plus d’un millier d’articles de presse.

Avec un résultat nuancé : les manifestations en France sont bel et bien nées en France, pour des raisons françaises. Rien ne montre qu’un acteur étranger soit à leur origine, l’enquête établissant en revanche leur amplification à partir de l’étranger.

ANALYSE

Emeutes du 17 octobre : une répétition générale ?

Bien plus que des saccages, bien au-delà de dérapages, la journée du 17 octobre en France, qualifiée de « début de la fin du monde » par ses porte-parole, pourrait être celle d’un grave basculement.

Ainsi, avant le 17 octobre, un réseau de faux comptes, attribué à l’opération russe Doppelganger, a publié 639 messages (environ 7,4 millions de vues) qui détournaient des griefs franco-français, les transformant en arguments contre l’aide à l’Ukraine. Après les violences, le réseau russe Pravda a diffusé 1.018 articles en neuf langues, et le récit a basculé à l’étranger : 18,7 % des publications anglaises accusent les migrants ou l’islam, contre 3,0 % des publications françaises.

En clair, des acteurs étrangers, notamment russes, tentent de faire correspondre nos événements à leur lecture du monde. Ainsi, la cherté de la vie contre laquelle manifestent les Français serait due aux aides de l’Europe à l’Ukraine : « Chaque euro pour Kiev est un euro volé »…

Pointer l’ingérence, un outil politique

Si les Russes peuvent payer des proxys pour dessiner des mains rouges sur le Mémorial de la Shoah, comme en mai 2024, ils n’ont pas les capacités de créer une émeute de toutes pièces.

Selon les chercheurs interrogés par la revue Le Grand Continent, une déstabilisation est efficace lorsqu’elle infuse partout. Mais alors pourquoi parle-t-on autant d’ingérence, au risque de la nourrir ? Le ministre de la Défense italien, Guido Crosetto, issu du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a parlé, sur les réseaux sociaux, de « guerre hybride » autour des émeutes qui ont secoué l’Italie. Les experts interrogés par la revue expliquent la manœuvre : elle consiste à pointer du doigt des forces étrangères plutôt que d’assumer sa propre responsabilité dans les événements.

VEILLE DES MEDIAS

Que faisait le chef du Shin Bet à Paris pendant les émeutes ?

Quelle était donc cette « visite de travail » parisienne de David Zini, et pourquoi a-t-il rencontré de hauts responsables de la DGSI et de la DGSE ?

En France, Emmanuel Macron n’est pas en reste. Sans parler d’ingérence, il a accusé certains dirigeants étrangers d’exploiter les émeutes à des fins électoralistes. Pointant « une manipulation étrangère de l’information », il visait, à demi-mots, Donald Trump et Benjamin Natanyahu.

Un coup d’essai avant la présidentielle

Parler d’ingérence à tout propos est confortable : cela évite de regarder une colère bien française. Les faits, eux, sont plus modestes.

En revanche, les tentatives de déstabilisation étrangères visent vraisemblablement l’élection présidentielle de 2027 avec la construction d’un récit surfant sur la colère des Français, l’amplifiant sans être capable de la générer – pour l’instant.

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