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Elections en Israël : Néchumi Yaffe, la femme ultra-orthodoxe qui bouscule les frontières

PORTRAIT - Candidate aux législatives israéliennes de mardi, cette battante haredi a un objectif : pousser les siens à s’intégrer dans la société, y compris l’armée.

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En septembre, la candidature de Néchumi Yaffe aux législatives a été annoncée sur la liste de HaTsibour HaHaredi (« Le public ultraorthodoxe »), le parti dirigé par Moti Leitner (site de Yéchumi Yaffe).
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Sous sa perruque aux reflets châtains, Néchumi Yaffe, 50 ans, divorcée, trois enfants et plusieurs petits-enfants, affiche une assurance tranquille. Sa silhouette élégante pourrait se fondre dans la foule d’un quartier branché de Tel-Aviv.

Pourtant, elle appartient au monde ultraorthodoxe. Sans remettre en cause les règles de pudeur de son milieu, elle en redessine les frontières en s’appropriant des espaces de liberté. Elle est l’une des figures emblématiques de la révolution discrète qui traverse le monde féminin ultraorthodoxe.

Un parcours de battante

De l’enclave ultraorthodoxe de Sorotzkin, à Jérusalem, où les rôles des hommes et des femmes sont clairement définis, aux universités américaines, jusqu’aux portes de la Knesset : le parcours de Néchumi Yaffe révèle les transformations profondes qui traversent, depuis le début des années 2000, la société ultraorthodoxe israélienne, en particulier la place qu’y occupent les femmes.

Enfant, elle allait à la synagogue avec son père. « Et puis, à 12 ans, on m’a chassée. Je n’ai jamais oublié », confie-t-elle à Proche-Orient Info. Devenue enseignante dans une école ultraorthodoxe, elle participe en 2010 à la rédaction d’un nouveau programme d’histoire destiné aux jeunes filles de sa communauté. En se rendant à la Bibliothèque nationale qui jouxte le campus de l’Université hébraïque de Jérusalem, elle découvre un autre horizon : celui de l’université. « J’ai été jalouse de tout ce monde du savoir auquel je n’avais jamais eu accès. » Elle s’inscrit comme étudiante. « C’est là que j’ai compris, pour la première fois, que je faisais aussi partie de la société israélienne. »

La suite, ce sont ses études en résolution des conflits, puis un doctorat consacré à la pauvreté et à l’identité dans la société ultraorthodoxe, et les recherches qu’elle poursuit à Princeton, dans le cadre d’un postdoctorat en psychologie politique et sociale sur les normes sociales et les comportements collectifs.

Aujourd’hui, l’accès à l’enseignement supérieur est devenu, pour un nombre croissant de femmes haredim, un levier d’émancipation intellectuelle, professionnelle et personnelle.

La conquête du droit à une autre réalité

En septembre, la candidature de Néchumi Yaffe aux législatives a été annoncée sur la liste de HaTsibour HaHaredi (« Le public ultraorthodoxe »), le parti dirigé par Moti Leitner. De l’inédit, les listes des formations ultraorthodoxes ayant été jusque-là exclusivement masculines. Son parti a peu de chances de remporter un siège, mais sa présence marque une étape symbolique dans un combat engagé depuis le début des années 2000 : celui de femmes qui refusent que leur appartenance religieuse détermine à elle seule les limites de leur avenir.

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« Celui qui se dérobe à une commission d’enquête d’Etat a sans doute des choses à cacher ! », lance le rabbin Danino. « Honte ! Honte ! », renvoient des dizaines de milliers de voix pour le dernier rassemblement de tous ceux qui s’opposent au chef du gouvernement israélien.

Les femmes ultraorthodoxes sont de plus en plus nombreuses à obtenir des diplômes et à travailler dans des secteurs qui leur étaient autrefois inaccessibles. Elles acquièrent des compétences, des revenus et une expérience qui modifient leur place dans la famille comme dans la société. D’autant plus aisément que, dans de nombreux foyers haredim, ce sont elles qui assurent les revenus, tandis que les maris consacrent l’essentiel de leur temps à l’étude religieuse.

Une troisième voie

Ces femmes n’abandonnent pas pour autant la religion. Pour elles, l’enjeu est de concilier leur fidélité à la tradition et leur aspiration à une plus grande autonomie en élargissant le champ des possibles. Elles doivent à la fois surmonter les résistances de leur milieu et faire face aux préjugés des autres.

« Pendant des années, nous dit Néchumi Yaffe, je ne trouvais ma place ni dans le monde universitaire, ni dans mon propre milieu. A l’université, je représentais le monde haredi, que beaucoup considéraient comme archaïque, dépassé. Je n’étais pas vraiment à ma place non plus. J’ai dû me frayer un chemin entre ces deux mondes : rester ultraorthodoxe, mais aussi être une femme de savoir. Je n’ai jamais voulu renoncer à mon identité pour pouvoir étudier, apprendre et faire de la recherche. Mon père, à ma grande surprise, était fier de moi. Ma mère, en revanche, n’a jamais accepté mes choix. »

Le tournant du 7-Octobre

Le 7 octobre 2023, face au traumatisme national, Néchumi Yaffe décide de faire de l’intégration du monde ultraorthodoxe dans la société israélienne un combat concret. Elle contribue à la création d’un centre de coordination qui mobilise plusieurs milliers de volontaires issus de sa communauté pour venir en aide aux familles touchées par les massacres et leurs conséquences.

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En Israël où la question du service militaire des ultraorthodoxes est un sujet sensible, elle défend, comme son parti HaTsibour HaHaredi, l’idée d’une participation accrue de cette population aux responsabilités nationales, y compris par l’enrôlement dans l’armée. « Je me suis dit que cette fois, le monde haredi allait vouloir faire partie de la société israélienne. Mais j’ai vite déchanté. J’ai compris que la majorité du monde ultraorthodoxe n’avait pas vraiment pris la mesure de ce qui s’était passé. A Bnei Brak, on aurait presque dit que la guerre n’avait pas eu lieu. Les extrémistes ont pris le dessus, comment en témoignent les manifestations violentes de ces dernières semaines. Mais ils ne représentent pas toute notre société. Ils ne nous représentent pas. Ce n’est pas nous. Je veux donner une voix différente au monde haredi dans la société israélienne. »

Sa position, audacieuse, reste cependant minoritaire et lui vaut de vives critiques, telle celle d’une responsable de l’éducation orthodoxe : « Tu es notre cauchemar. »

La candidature de Néchumi Yaffe ne fera peut-être pas entrer une femme ultraorthodoxe à la Knesset. Mais elle porte une revendication que des années de transformations ont rendu de plus en plus difficile à ignorer. Les femmes haredim ont franchi les portes des universités, conquis des professions longtemps inaccessibles et gagné une autonomie nouvelle. Aujourd’hui, elles frappent à la porte du pouvoir politique.

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