Le Rubik’s Cube de l’identité israélienne
ANALYSE - Les urnes ont mis à nu le nouveau dilemme d'Israël : sionisme et antisionisme. Les lignes se croisent en tous sens.

Des islamistes sionistes, des juifs pas sionistes, des sionistes pas démocrates et, enfin, des démocrates pas sionistes… Bonne chance à qui devra réussir le Rubik’s cube identitaire sorti des urnes décisives le 27 octobre 2026, c’est-à-dire former le prochain gouvernement israélien.
Trois faces sont à aligner. Juive, démocratique, sioniste. Une majorité des votants affichent ces trois couleurs. Mais pour une grande minorité, chaque fois qu’une face est en ordre, elle en dérègle une autre. Casse-tête souvent difficilement compréhensible pour qui n’est pas un exégète de l’identité israélienne.
Commençons par le vote arabe qui, à l’heure de cette parution, représente à peu près 15% du nombre total de votants. Les deux tiers de ces électeurs arabes, qui se sont massivement rendus aux urnes pour la première fois de l’histoire d’Israël, ne reconnaissent pas explicitement, ou refusent son identité juive qu’a inscrite dans le marbre la loi du 19 juillet 2018.
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Le parti arabe nationaliste Balad, par exemple, réclame explicitement un « Etat de tous ses citoyens », façon détournée de gommer la nation juive pour les juifs. Et paradoxe, c’est Ra’am, un parti islamiste frériste qui accepte d’entrer dans la définition de parti sioniste en reconnaissant le caractère juif d’Israël, quelles qu’en soient les raisons.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
De l’autre côté du Rubik’ Cube, voici les ultraorthodoxes non sionistes. Pour une partie des ultraorthodoxes, seul le Messie peut rétablir l’Etat juif. Le sionisme laïc l’a fait de main d’homme et n’a à leurs yeux aucune légitimité. Ils vivent dans l’Etat sans en épouser le projet. Ils votent, siègent, négocient des budgets. Mais la plupart refusent l’armée.
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La question n’est pas celle des droits. Un Etat juif n’est pas un Etat réservé aux Juifs. Le caractère juif relève de la nation, l’égalité, de la citoyenneté. La Déclaration d’indépendance de 1948 promet l’égalité complète des droits à tous les habitants, sans distinction de religion. Un citoyen arabe vote, est élu, siège même à la Cour suprême, ce que le public ignore trop souvent. Personne ne demande en Israël à un citoyen arabe, d’être juif. Mais d’accepter que l’Etat le soit.
Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Si une partie des ultraorthodoxes vit, au grand dam des démocrates, dans une totale autonomie institutionnelle et culturelle, d’autres non, malgré leur messianisme. Des ultraorthodoxes servent dans l’armée. Par ailleurs, des citoyens non juifs portent l’uniforme et ne suivent pas la doctrine de la plupart des partis arabes. Les Druzes sont conscrits, des Bédouins s’engagent….
Juif et démocratique, le principe fondateur attaqué par les extrêmes
Le principe d’un Etat juif et démocratique n’est pas un principe en l’air. C’est l’équilibre sur lequel repose Israël. C’est ce principe qui est attaqué par les extrêmes, Arabes communistes d’un côté, ultra-orthodoxes et ultranationalistes de l’autre.
Quant aux sionistes de tous bord qui alignent les trois faces, les uns, conservateurs, privilégient l’Etat juif ; les autres, libéraux, l’Etat démocratique. C’est ce débat qui a fracturé le pays lors de la réforme judiciaire de 2023. A ce fossé identitaire entre deux conceptions juive et sioniste de la nation s’ajoutent désormais clairement les lignes de faille antisionistes.
Aucune coalition ne résoudra ce Rubik’s Cube. La question est de savoir quelle face Israël acceptera de laisser en désordre.