Elections israéliennes : un vote, mille questions
DECRYPTAGE - Une certitude, ce mercredi matin : Israël vient de vivre l’une de ses élections les plus complexes, sur le plan logistique comme sur le partage des blocs politiques.

Ce matin, c’est l’expectative qui règne en Israël. La participation aux élections a atteint 77,7 %, du jamais vu depuis 1999.
Au dépouillement partiel, le bloc de Netanyahou devance l’opposition. Les partis arabes arrivent en troisième force. Personne n’atteint 61 sièges.
Le nombre d’« enveloppes doubles » en augmentation exponentielle
Mais ces chiffres restent provisoires : des bulletins décisifs n’ont pas encore été décomptés. Ce sont les « enveloppes doubles » des soldats, réservistes, diplomates, malades, des évacués du Nord et du pourtour de Gaza, qui n’ont pas pu voter dans leur bureau d’inscription. Elles sont dites doubles parce que le bulletin est glissé dans une première enveloppe, puis dans une seconde qui porte l’identité de l’électeur.
La Commission vérifie que personne n’a voté deux fois, sépare les enveloppes, puis compte. Le processus est lent. Cette année, il est hors norme. La guerre a allongé les périodes de réserve et déplacé des milliers de familles. Le volume attendu est sans précédent. Le décompte pourrait ne pas être terminé jeudi soir.
Il faut donc attendre. Attendre pour connaître la taille finale des partis. Attendre pour connaître celle des blocs. Les déclarations de ces dernières heures relèvent du positionnement. Chacun cherche à asseoir sa légitimité avant que les chiffres ne tombent.
Que faire du vote arabe ?
Une autre certitude : le vote arabe, massif, compte. Il pèse sur l’équation gouvernementale comme jamais. Il donne autant de fil à retordre à ceux qui affirment qu’Israël est un Etat d’apartheid, qu’à la majorité sioniste en Israël. Aux premiers, il oppose une minorité qui a voté et pèse sur le pouvoir. A la seconde, il pose une question qu’elle esquive depuis des années : avec qui est-il légitime de gouverner ? Ces élections portent aussi sur ce point.
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Mansour Abbas ? « Respecte-le, et méfie-toi de lui ! »
Islamiste modéré ? Islamiste radical ? Le député arabe et président du parti Ra’am demeure l’une des figures les plus énigmatiques et controversées de la vie politique en Israël.
Il y a un précèdent : Netanyahou avait été le premier à négocier l’entrée de Ra’am au gouvernement en 2021. Bennett et Lapid en ont hérité.
De nouveaux rapports de force dans le partage du fardeau
Coalition et opposition réfléchissent déjà à ceux avec lesquels elles ont juré de ne jamais siéger. Les partis arabes et ultraorthodoxes bien sûr, mais avant tout les partis sionistes, Smotrich compris.
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Néchumi Yaffe, la femme ultra-orthodoxe qui bouscule les frontières
Candidate aux législatives israéliennes, cette battante haredi a un objectif : pousser les siens à s’intégrer dans la société, y compris l’armée.
Washington s’invite dans le dépouillement. Donald Trump s’attribue déjà le redressement de Netanyahou. Selon lui, son soutien a renversé la tendance. Il avait appelé à « voter Bibi » pour « finir le travail » contre l’Iran. Une nouvelle attaque est dans l’air. La Maison Blanche assure qu’elle n’aura pas lieu avant les élections américaines de mi-mandat, le 3 novembre. Les négociations pour former un gouvernement devront composer avec cela aussi.
Reste une promesse : l’égalité dans le partage du fardeau, pour les ultraorthodoxes comme pour les Arabes israéliens. À la guerre, dans l’économie, dans la société.
Les Israéliens veulent éviter un nouveau scrutin. Tout dépendra des rapports de force finaux, entre les partis et entre les blocs.