Nouveau Moyen-Orient

LGBTQI+ : à la prison turque de Sincan, le spectre de Midnight Express

VEILLE DES MEDIAS - Après sa visite dans cette prison pour femmes près d’Ankara, un député utilise une formule qui ébranle les consciences : « Les gens sont mis là comme dans un dépôt. »

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Le député turc Ömer Faruk Gergerlioğlu (ici le 6 juillet 2021) s’engage pour les LGBTQI+ dans son pays (Tunahan Turhan/SOPA Images/LightRocket via Getty Images).

« Les gens sont mis là comme dans un dépôt. » En visitant la prison pour femmes de Sincan, près d’Ankara, le député turc Ömer Faruk Gergerlioğlu a employé une formule brutale pour décrire le sort des responsables de l’association LGBTQI+ Kaos GL, incarcérées dans le cadre des opérations « Ailem Güvende », « Ma famille est en sécurité ».

Son récit de conditions de détention « très lourdes » réveille, malgré lui, le souvenir de Midnight Express, film qui a durablement associé la Turquie à l’image d’un système carcéral étouffant.

Une visite qui fait trembler les murs

La visite du député Gergerlioğlu, membre du DEM Parti (Parti des Kurdes) est rapportée par Bianet. Il y a rencontré des responsables de Kaos GL, l’une des plus anciennes organisations de défense des droits LGBTQI+ de Turquie – d’autres militants et militantes sont détenus dans plusieurs établissements pénitentiaires du pays.

Il en a rapporté des plaintes récurrentes, concernant l’ensemble des détenues : accès difficile aux soins, conditions de vie dégradées, promiscuité et absence de réponse des autorités. Mais sa formule, « comme dans un dépôt », ne décrit pas seulement une prison surpeuplée. Elle évoque une logique d’entreposage : des êtres humains réduits à des objets que l’on range, surveille et oublie.

Difficile de ne pas penser à Midnight Express, le film d’Alan Parker (1978), qui avait installé dans l’imaginaire occidental une vision nocturne, violente et arbitraire des prisons turques…

Janset Kalan : « Une rupture du lien humain »

Militante trans, membre du conseil d’administration de Kaos GL, Janset Kalan, détenue à Sincan depuis le 12 septembre 2026, a répondu par écrit aux questions de Bianet. Elle décrit l’isolement dans des prisons conçues selon des normes masculines, le voyant non seulement comme une privation de liberté supplémentaire, mais surtout comme une rupture du lien humain. Jamais, ajoute-t-elle, elle n’aurait pu penser que pouvoir embrasser ou serrer quelqu’un dans ses bras devienne un privilège.

Janset Kala précise préférer ne pas tout raconter par crainte de la censure. Elle déplore la difficulté d’accès aux avocats et, de manière plus générale, les restrictions qui retardent les échanges et les visites.

Une répression qui change de visage

L’affaire s’inscrit dans une séquence plus large de pression sur les milieux LGBTQI+ turcs. Kaos GL, active depuis des décennies, a déjà connu la saisie de son magazine au nom de la « morale publique », puis des blocages judiciaires de son site internet et de ses réseaux sociaux.

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Perquisitions, détentions, censure, discours de haine : après des années d’interdiction de rassemblements, le pouvoir turc recourt désormais à l’arsenal pénal contre les LGBT+. Une vaste opération policière s’est traduite par des arrestations.

Aujourd’hui, la menace prend une forme plus directe : des responsables associatifs derrière les barreaux, une journaliste arrêtée, des familles ou proches plongés dans l’incertitude. Pour les défenseurs des droits, l’opération « Ailem Güvende » illustre une criminalisation de l’engagement LGBTQI+ sous couvert de protection de la famille.

L’opposition réclame des réponses immédiates

Gergerlioğlu demande des réponses immédiates : « accès effectif aux soins, amélioration des conditions de détention et transparence sur le sort des personnes arrêtées ». Son message est clair : « Une prison ne peut devenir un lieu où l’on « dépose » des militantes, des malades ou des voix dissidentes. »

Quarante-huit ans après Midnight Express, les témoignages recueillis par un parlementaire défenseur des droits de l’homme interpellent.

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