Salon Euronaval : pourquoi les industriels israéliens reviennent en France malgré les restrictions
REPORTAGE - Soumises à de fortes restrictions imposées par les autorités françaises, quatre entreprises israéliennes sont néanmoins présentes à Euronaval, un rendez-vous incontournable pour une industrie de défense dont les exportations battent des records.

A première vue, rien de très spectaculaire. Quatre stands alignés les uns à côté des autres, sans armes ni imposantes maquettes, contrairement à certains de leurs voisins. A la place, des écrans diffusant des images de missiles intercepteurs, de systèmes de défense et de drones sous-marins.
C’est dans ce décor, beaucoup plus dépouillé que leurs voisins américains de Lockheed Martin, que les quatre industriels israéliens, Rafael, Elbit Systems, IAI et DSIT, accueillent leurs visiteurs au salon Euronaval, qui se tient de ce mardi jusqu’à vendredi à Villepinte, près de Paris.
Des restrictions strictes
Leur présence n’était pourtant pas acquise. Les autorités françaises ont imposé des restrictions strictes : seules les capacités antiaériennes, antimissiles, antibalistiques et de détection acoustique peuvent être présentées.
Interrogée par Proche-Orient Info, Catherine Vautrin, ministre de la Défense, les justifie ainsi : « Il s’agit de permettre à Israël de défendre son ciel et ses mers, tout en veillant à ce que les équipements exposés ne soient pas des armes offensives susceptibles d’être utilisées contre des cibles civiles à Gaza notamment, ou ailleurs. » Elle précise que les règles restent celles appliquées lors des précédents salons.
Une distinction que les industriels israéliens disent respecter, tout en regrettant un traitement qu’ils jugent discriminatoire. Ils soulignent être les seuls exposants soumis à de telles limitations, alors que leurs concurrents peuvent présenter des armements offensifs.
Des inspections menées dimanche et lundi ont conduit à des ajustements. Mais cette fois, contrairement au Salon du Bourget en 2025, les stands israéliens n’ont pas été dissimulés derrière des cloisons.
Des carnets de rendez-vous remplis, des exportations record
Pourquoi continuer à venir en France dans ces conditions ? Plusieurs industriels israéliens rencontrés par Proche-Orient.info apportent la même réponse : impossible de manquer un rendez-vous où se retrouvent clients, partenaires et décideurs militaires du monde entier.
Tous leurs carnets de rendez-vous sont pleins. Dans cette industrie, où les contrats se négocient parfois pendant des années, entretenir les relations commerciales est essentiel. D’autant que les marchés des entreprises israéliennes dépassent largement leur territoire national. L’une d’elles explique ne réaliser que 27 % de son chiffre d’affaires en Israël, le reste provenant notamment d’Europe et des Etats-Unis.
Et le marché est florissant. Selon le ministère israélien de la Défense, les exportations d’armement ont atteint le montant record de 19,2 milliards de dollars en 2025, près de 30 % de plus qu’en 2024. Elles ont plus que doublé en cinq ans. L’Europe reste leur premier débouché, avec 36 % des ventes. Une croissance portée par le réarmement mondial et par l’intérêt pour les technologies israéliennes, dont les industriels mettent en avant l’efficacité démontrée sur les champs de bataille.
Le salon lui-même témoigne de cette effervescence : 705 exposants, soit 45 % de plus qu’en 2024. Un record souligné par la ministre française des Armées, lors de son inauguration.
Le Bourget 2027, prochaine bataille ?
Les tensions pourraient néanmoins ressurgir. Selon l’attaché militaire de l’ambassade d’Israël en France, les industriels israéliens ont été informés qu’aucun espace ne leur serait attribué au Salon du Bourget de 2027 pour une raison indéterminée. « Il s’agit d’une décision scandaleuse et inadmissible. Nous ne resterons pas les bras croisés face à cette honte », dénoncé Sagi Fink.
Interrogée sur ce point, Catherine Vautrin ne confirme toutefois aucune exclusion. Il est encore « trop tôt » pour se prononcer, explique-t-elle, tant la situation géopolitique évolue rapidement.
Mais pas question pour autant, pour ces entreprises israéliennes, de renoncer aux prochains salons. L’enjeu commercial l’emporte sur les difficultés politiques.