« To the Honorable People of the United States of America » : quand les Gardiens de la révolution sont en campagne par lettre
Ils vouaient l’Amérique à la mort. Désormais, ils lui dictent son vote. Dans une lettre de vingt-six pages, les pasdarans font campagne contre Donald Trump, au risque de piéger l'opposition démocrate et les exilés iraniens.

Vingt-six pages et une signature : les Gardiens de la révolution. Destinataire : « L’honorable peuple des Etats-Unis d’Amérique ». Rendue publique fin septembre, la lettre se veut une main tendue. « Mort à l’Amérique » ? « Une prière pour l’éradication de l’élite dirigeante diabolique », assurent les pasdaran.
Le texte, qui n’évoque ni les midterms ni le Parti démocrate, est sans ambiguïté: « Chassez du pouvoir les politiciens malfaisants, trompeurs et violents (…). Les gens du monde entier attendent des Américains qu’ils arrêtent leur gouvernement (…). Reprenez le contrôle (…). C’est vous qui donnez, par vos votes, du pouvoir au gouvernement. »
EXCLUSIF
La lettre des Gardiens de la révolution iraniens
Nombreux sont ceux qui, parmi les 750.000 exilés, ont été saisis d’effroi par la lettre. « Beaucoup souhaitent que les Etats-Unis renversent le régime de Khamenei, mais ils ne veulent pas d’une guerre qui détruise leur pays. Ils se heurtent à un choix difficile ».
A aucun moment, la cible n’est nommée. Donald Trump ? Un homme qui « peut vous regarder droit dans les yeux et proférer un mensonge flagrant ». Et là, le ton vire à la prophétie menaçante : Dieu voudrait « noyer le Pharaon de notre époque (…). Bientôt, la digue cédera, et l’économie implosera ».
Téhéran n’en est pas à son coup d’essai. En 2020, selon le FBI, des agents iraniens s’étaient fait passer pour des militants d’extrême droite dans une tentative d’intimidation des électeurs démocrates. En 2024, la justice américaine avait inculpé trois hackers téléguidés par les pasdarans pour avoir infiltré la campagne Trump. Mais jamais une organisation classée terroriste et en guerre avec les Etats-Unis ne s’était autorisée une telle ingérence.
Des bulletins imbibés de pétrole
Le 20 octobre, trois responsables iraniens de haut rang admettent, sous couvert d’anonymat, devant l’agence Reuters, que Téhéran fait traîner les négociations dans le but d’affaiblir Donald Trump. « L’establishment clérical est déterminé à ne pas offrir à Trump une victoire politique », résume l’un d’eux.
A la pompe, l’arme est dévastatrice : 4,18 dollars le gallon d’essence, contre à peine plus de 3 dollars il y a un an. Paradoxe : sans l’avoir voulu, l’opposition démocrate et les mollahs plaident pour le même résultat.
Pour Téhéran, l’enjeu est vital : aux Etats-Unis, c’est le Congrès qui vote le budget de la défense, et donc le financement de la guerre. Or, ce conflit n’a jamais été autorisé par les parlementaires. Et il divise les républicains : lors du dernier vote à la Chambre sur une résolution visant à y mettre fin, sept d’entre eux ont voté avec les démocrates.
Si les démocrates reprennent la majorité mardi, ils pourront bloquer les crédits militaires, convoquer les responsables du Pentagone et forcer la Maison Blanche à rendre des comptes. Sans arrêter la guerre, ils la rendraient plus coûteuse à mener.
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Donald Trump a promis de ne pas frapper l’Iran avant le scrutin. Après ? « Tout est possible », a-t-il lâché le 28 octobre. A Téhéran, on se prépare à de nouveaux bombardements.
Une diaspora prise à témoin
Nombreux sont ceux qui, parmi les 750.000 exilés, ont été saisis d’effroi par la lettre. « Beaucoup souhaitent que les Etats-Unis renversent le régime de Khamenei », explique le Dr Meir Javedanfar, un exilé iranien spécialiste de l’Iran à l’université Reichman, en Israël, « mais ils ne veulent pas d’une guerre qui détruise leur pays. Ils se heurtent à un choix difficile ».
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EXCLUSIF – La Chambre des représentants belges ne recevra pas officiellement Reza Pahlavi. Le ministre des Affaires étrangères invoque la diversité de l’opposition iranienne. Des associations liées aux Moudjahidines du peuple, longtemps classés terroristes, réclamaient l’annulation.
Le 18 octobre, Reza Pahlavi les a appelés à faire de « la liberté de l’Iran » un critère de vote. Les aînés suivront : ils « blâment les démocrates, menés par Jimmy Carter, pour la chute du Shah », rappelle Meir Javedanfar, même si l’inaction de Trump face aux manifestants de janvier « a été perçue comme un abandon et une trahison ».
L’ombre de Gaza
« Le monde est témoin depuis quatre-vingts ans de l’oppression que subissent les Palestiniens », écrivent les pasdaran, soutiens actifs du Hamas. Le remède ? « Obligez votre gouvernement à prendre ses distances avec Israël. Faites pression sur lui (…). Sans le soutien aveugle et l’aide sans fin de l’Amérique à Israël, le régime sioniste serait incapable de commettre ses crimes contre les peuples de Palestine et du Liban. »
Le message touche en plein coeur. Depuis la guerre de Gaza, 80 % des électeurs démocrates ont une opinion défavorable d’Israël, contre 53 % en 2022, selon le Pew. Une évolution qui inquiète les juifs irano-américains, favorables aux frappes à 89 % et qui craignent qu’une poursuite guerre puisse se retourner contre eux. Daniel Bral, petit-fils de l’unique député juif du parlement iranien d’avant 1979, redoute même qu’elle « ne fasse qu’accroître le ressentiment des Américains envers Israël ».
Depuis quarante-sept ans, le régime des mollahs interdit aux Iraniens de choisir librement leurs dirigeants. Le même exhorte aujourd’hui les Américains à se débarrasser des leurs démocratiquement.
Mardi, des centaines de milliers d’exilés exerceront ce droit fondamental : déposer un bulletin dans une urne. La réponse la plus cuisante à la lettre des pasdaran.