Entre visages neufs et vieille garde, Marine Le Pen reprend la main sur le RN
A Orléans, les 24 et 25 octobre, les instances internes du RN ont été renouvelées. Le résultat traduit une reprise en main de l’appareil par les proches de Marine Le Pen.

Samedi 24 octobre à Orléans, les 112.319 adhérents revendiqués par le Rassemblement national étaient appelés, par un vote en ligne, à réélire pour trois ans Jordan Bardella, unique candidat à la tête du mouvement.
Ce même jour, les instances internes du RN ont été renouvelées, à commencer par son conseil national : 100 membres choisis par la base parmi 421 candidats et 20 membres nommés de manière discrétionnaire par le président. Parmi ceux-ci est ensuite nommé, par le président, le bureau exécutif, instance suprême du gouvernement interne, et, plus étoffé mais de moindre poids, un bureau national. Le résultat traduit une nette reprise en main de l’appareil par les proches de Marine Le Pen.
Le repêchage de la jeune garde… mariniste
La jeune garde, venue avec Bardella, a parfois dû passer par la procédure de repêchage que constitue le quota réservé du président pour garder ses positions : les conseillers de Bardella que sont François Paradol (son directeur de cabinet, passé vers 2010 chez les soraliens d’Egalité et Réconciliation), Charles-Henri Gallois (ancien proche du souverainiste François Asselineau), Pierre-Romain Thionnet (député européen, quasi-unique voix pro-ukrainienne du RN mais pour qui l’UEJF est un « proxy » de Mediapart) et Thibaut François (secrétaire général de la délégation RN au Parlement européen).
ANALYSE
Un isolationnisme qui ne dit pas son nom
En refusant d’engager notre armée de métier dans « les guerres qui ne sont pas les nôtres », ou des « aventures militaires », Marine Le Pen confirme que, pour elle, la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine ne fait pas de Moscou notre ennemi et que les attaques du régime de Téhéran contre l’Arabie saoudite et les pays du Golfe ne concernent pas la France. Cet isolationnisme qui ne dit pas son nom démontre que le Rassemblement national, comme jadis le FN, n’a pas donné la preuve qu’il a cessé d’être faible avec les dictatures.
Dans l’ordre des voix de préférence, ce sont toutefois les proches de Marine Le Pen qui dominent.
. Le député Jean-Philippe Tanguy arrive en tête : un aval donné à ce spécialiste des questions budgétaires et économiques venu du souverainisme de droite.
. Louis Aliot, qui arrive deuxième et reste premier vice-président, empoche les bénéfices des gains enregistrés aux municipales dans les Pyrénées-Orientales et de sa propre réélection à Perpignan. C’est lui qui, le 3 septembre, avait, le premier, rappelé l’engagement de Marine Le Pen à couper les aides à l’Ukraine si elle était élue.
. Le député Sébastien Chenu, en troisième position, devient en outre le successeur de Marine Le Pen à la présidence du groupe parlementaire RN à l’Assemblée.
. Marie-Caroline Le Pen est à la sixième place, position sans rapport avec son modeste mandat de conseillère régionale d’Ile-de-France, acquis au scrutin de liste, alors qu’elle est déléguée départementale du parti dans…la Sarthe.
. Matthieu Valet, applaudi par les congressistes comme le « Monsieur Sécurité » du RN, occupe la septième place. Il est commissaire de police et député européen.
L’inamovible héritage du père
Mais les membres de la « vieille garde » conservent l’estime des militants, qui les ont reconduits, démontrant que les « nouveaux » ne les ont pas totalement remplacés.
. L’inamovible Wallerand de Saint-Just, est seizième par ordre de choix. Militant depuis 1987, trésorier à l’époque de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille, l’un de ses faits d’armes est d’avoir participé en 1977 à l’occupation de Saint-Nicolas du Chardonnet.
. Huguette Fatna, pour la première fois candidate en 1999, qui n’a jamais caché sa proximité avec le défunt fondateur du parti.
. Jean-Pierre Chabrut, qui a intégré en 1986 le service d’ordre (le DPS), avant de le diriger à la fin des années 1990.
. France Jamet, adhérente de 1974, fille d’Alain Jamet, décédé en novembre 2025, qui était, depuis la Corpo de droit, le mouvement Poujade et la guerre d’Algérie chez les paras, l’un des plus vieux compagnons de Jean-Marie Le Pen, y compris dans la fondation du Front national.