L’Amérique a voté contre Trump et sa guerre
Un premier musulman au Sénat, un Congrès démocrate, un président réduit au veto, une gauche socialiste renforcée et une alliance avec Israël en zone de turbulences : les Américains ont tordu le bras à leurs élus.

Les Américains ont voté contre la guerre. Le 28 février, Donald Trump lançait ses bombardiers sur l’Iran sans l’aval du Congrès. Huit mois plus tard, les électeurs lui présentent la facture : les démocrates ont repris la Chambre, puis le Sénat. Même le Texas, bastion républicain qui n’avait plus élu de sénateur démocrate depuis 1988, envoie James Talarico à la Chambre haute.
La victoire démocrate porte un nom : Abdul el-Sayed. « Michigan, on l’a fait ! », s’est exclamé à Detroit le premier musulman de l’histoire américaine à entrer au Sénat. « Jusqu’ici, je disais toujours inchallah », a-t-il ajouté dans un même souffle, « ce soir, nous pouvons changer ce inchallah en hamdoulillah ! ».
Rien n’y a fait. « Je suis ici pour empêcher un Frère musulman djihadiste de devenir sénateur des Etats-Unis », avait lancé Trump dans le Michigan. Réponse du vainqueur : « Ils ont attaqué mon nom et ma religion. Ce n’est pas mon nom ou ma religion qui font qu’on ne peut pas acheter de diesel ou aller chez le médecin parce que ça coûte trop cher. »
Après la défaite de Trump, la joie à Téhéran
Egal à lui-même, Trump répond à la gifle par le déni. « Je n’étais pas sur le bulletin », a-t-il posté, avant de désigner un coupable inattendu : Fox News, pourtant conservatrice, qui « porte la responsabilité de ces défaites » pour avoir invité des démocrates sur ses plateaux.
Autre aveu d’impuissance : la menace du président d’user de son veto, son « pouvoir ultime », pour gouverner. Mais si le Congrès refuse de financer une guerre, il ne pourra l’y contraindre. Les démocrates tiennent désormais les cordons de la bourse : l’avenir de la guerre se jouera au Capitole.
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A Téhéran, la défaite cuisante de Trump est vivement applaudie. Mais si le gouvernement américain trahit « la volonté de son peuple », a menacé sur X Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, il « apprendra que notre NON s’accompagne d’un cauchemar ».
Le succès de la gauche radicale
L’autre séisme, c’est la gauche radicale. A Washington, Janeese Lewis George devient la première maire démocrate socialiste de la capitale. Trump la traitait de « communiste » et menaçait de placer la ville sous tutelle fédérale. « Ensemble, personne ne peut nous intimider », lui a lancé la nouvelle élue.
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Du maire de New York au sénateur du Michigan, une génération d’élus musulmans lui doit une part de son ascension. Derrière la caisse de l’épicerie paternelle, elle a appris à parler à chaque public dans sa langue.
A la Chambre, cinq élus des Democratic Socialists of America (DSA) rejoignent les élus musulmans. Se dessine ainsi un bloc qui n’existait pas il y a dix ans, au sein duquel personne ne s’est engagé à soutenir Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre, pour le poste de « speaker », troisième personnage de l’Etat.
Quelles conséquences pour Israël ?
En revanche, tous ces ces nouveaux élus réclament la fin de l’aide militaire à Israël. Sur ce dossier, Trump avait aussi lâché sa bombe, le matin même du scrutin sur Fox News : d’ici la fin de l’année, « nous ne paierons plus Israël ». Aucune confirmation israélienne à cette heure, aucun calendrier. Et le protocole de 38 milliards court jusqu’en 2028, chaque dollar dépendant des crédits votés par le Congrès.
El-Sayed, lui, a enfoncé le clou : « Nous ne voulons pas que notre argent serve à l’apartheid, au génocide ou à la guerre ». Israël voulait choisir le rythme de son indépendance. Il risque de se le voir imposer, par Trump comme par cette nouvelle gauche qui votera le budget.
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Le chef de la Maison Blanche voulait faire de ce scrutin un référendum sur sa personne. Il a été servi. A Detroit, l’homme qu’il traitait de « djihadiste » entre au Sénat. A Washington, la femme qu’il traitait de « communiste » s’installe à deux pas de la Maison-Blanche. Reste sa promesse de devenir « commentateur politique »… Son « ambition » est devenue réalité : depuis cette nuit, c’est le Congrès qui écrit l’histoire, et lui qui la commente.